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Chroniques :: Chronique de Carnival Is Forever

Chronique de Carnival Is Forever

Decapitated  - Carnival Is Forever (Album)

Ces masques qui nous permettent de survivre...



29 Octobre 2007. Le tour-bus de Decapitated percute un camion, mettant sérieusement en danger les jours de Vitek (batterie) et Covan (chant).
2 Novembre 2007. Vitek succombe à ses blessures, laissant l’avenir du groupe plus qu’incertain. Covan, lui, est toujours en train de récupérer, mais ses futures activités musicales restent jusqu’alors suspendues. Voilà comment en quelques secondes, le destin d’un des plus jeunes et impressionnants groupes de Death technique peut basculer. Et pour un groupe qui s’appelle ‘décapité’, ça doit être frustrant de ne pouvoir aller au bout du concept… (Humour très noir et peut-être mal placé, je le concède…) Pourtant, cette rage, présente dès les débuts du groupe, Vogg l’a toujours au fond de lui ! C’est pourquoi après avoir fait une furtive apparition au sein de Vader, il décide de remettre Decapitated sur pied (là, y avait moyen de faire un jeu de mot aussi, mais j'ai pas trouvé...). Par le passé, Covan avait remplacé Sauron. Sa place sera désormais occupée par Rafal Piotrowski. La batterie sera tenue par l’autrichien Krimh (Mondstille, Thorns Of Ivy), et enfin, à la basse, on retrouvera Heinrich de Vesania et Unsun entre autres.


Après le somptueusement brutal Organic Hallucinosis, on se demandait bien à quoi pourrait ressembler le prochain album. Peut-on dire qu’il soit si attendu ? Un album de Decapitated ayant perdu deux de ses membres ne symbolise pas totalement la joie. Et pourtant, loin de tomber dans la dépression, ce nouvel opus se montre saisissant et quelque peu novateur. Tout d’abord, la pochette et son titre nous interpelle. Le carnaval dure toute la vie… Qui est-on réellement ? Combien avons-nous de masques pour survivre dans cette triste réalité qu’est la vie ? Peut-on réellement être soi-même ? Tant de questions qui nous interpellent avec ce simple titre et cette superbe pochette, à la fois sinistre et glauque, et en même temps très mystérieuse. Un pochette qui vient directement contraster avec la connotation festive que peut avoir le mot carnaval. Et pourtant, la musique de Decapitated se révèle vraiment violente ! Plus que jamais ? Je n’irais pas jusque-là. Disons que ce nouveau visage du groupe nous offre plus de nuances dans sa musique. On repèrera quelques passages plus aérés par moments, pour laisser respirer ce trop-plein de haine qui transpire par tous les pores de la peau. Decapitated présente peut-être un visage plus sage et plus mature qui semble s’orienter vers d’autres horizons au fur et à mesure de l’enchainement des titres. Prenons pour exemple Homo Sum qui est simplement hallucinant parce qu’il parait presque ambiant par moment ! Alors qu’en fait, il s’agit-là d’un concentré de rage à l’état pur, d’une puissance phénoménale quand la batterie se met à vrombir de toutes ses forces. Et étrangement, malgré tous les changements au sein du groupe, on arrive à retrouver la patte originelle qui a bercé les nombreuses heures d’écoute de Nihility, ou encore de Organic Hallucinosis.

Et malgré ça, on trouvera aussi ce changement inévitable qui pousse les divers membres du groupe à apporter leur pierre à l’édifice. Ce monument de folie destructrice fait pourtant pâle figure dans la discographie du groupe, notamment d’un point de vue technique. On n’a plus le déballage à 100 à l’heure de solis et tappings de dingues, et bizarrement, c’est ce qui caractérisait vraiment Decapitated. Evidemment, on retrouve quelques éléments injouables par le commun des mortels ici, certes, mais il manquerait presque ce groove caractéristique, cette avalanche menaçante de surréalisme technique qui nous collait le cul au siège pendant un bon moment. D’un certain point de vue, c’est un manque, mais de l’autre, on voit clairement que Decapitated évolue et reprend du poil de la bête. Il aurait totalaement inutile et ridicule de pondre un Nihility II ! Alors avec cet argument, on dirait que Decapitated se libère d’une certaine image qui lui collait à la peau depuis ses débuts pour laisser exploser un nouveau potentiel ! Hérésie ou pur génie ? Les avis seront bien mitigés ! Toujours est-il que Vogg a su s’entourer de musiciens de talent ! Même le chant de Rafal est tout simplement génial ! Il arrive à rappeler celui de Covan tout en allant sur des terrains légèrement plus Black, voire expérimentaux. Et au final, ça colle parfaitement avec les sortes d’interludes instrumentaux proposés par moments.

Carnival Is Forever est donc un album plutôt agréable et qui montre (inévitablement) un tournant dans la discographie du groupe. Avec un line-up tout frais, Vogg a su remonter le groupe et lui redonner sa place dans la scène extrême internationale. Les polonais n’avaient pas grand-chose à envier à Aborted ou Benighted. Désormais, avec ce nouvel opus, Decapitated montre qu’il faut encore compter sur lui et qu’il a su évoluer pour tirer son épingle du jeu. On regrettera parfois l’aura des précédents albums qui avaient un sacré potentiel, dégageant brutalité et hargne à chaque note. Mais ce côté ambiancé n’est pas désagréable du tout, même s’il faudra un certain temps d’adaptation.

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par Pit, le 2 juin 2011
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Deception Point



Le changement opéré par Decapitated sur Organic Hallucinosis était aussi radical que convaincant car les polonais, maîtres de la rythmique depuis leurs débuts, ont su doser le groove qui les caractérisait tout en instaurant une dynamique plus déstructuré et faire preuve d'ingéniosité en développant des atmosphères bizarroïdes, pour un résultat mécanique dérangeant et efficace. Ce coup de chapeau fait on ne pouvait qu'attendre le prochain rejeton de Decapitated, dont la logique voudrait une poursuite plus conséquente des acquis de la dernière œuvre.

Mais l'histoire se répète et Decapitated refait la même erreur qu'avec l'horrible The Negation, soit s'enfermer dans un banal et affligeant style polyrythmique, mille fois usé par Meshuggah et toute la clique, et qui s'avère sur Carnival Is Forever être quasiment l'élément premier de la musique, au contraire de Organic Hallucinosis. Que Decapitated continue à baser sa rythmique et ses riffs sur la polyrythmie était attendu, car le style était esquissé sur le précédent album, mais qu'il oublie la dynamique fournie par les atmosphères est une mauvaise surprise qui a le don de provoquer mon incompréhension la plus totale. Aussi les décharges auditives que sont « The Knife » ou « United » apparaissent vite lassantes dans les réécoutes, et se révèlent dans leur plus simple appareil : des machines taillées pour le live, sans aucun intérêt studio ; et encore, il n'y a plus la jouissance que l'on pouvait avoir à l'écoute des premiers albums, lorsque l'annonce d'un riff faisait esquisser un sourire avant de se taper la tête contre le volant dans sa voiture aux bafles maltraitées.

La pseudo ambiance délivrée par le sample au début du titre éponyme n'apporte rien à un morceau dont la rythmique est certes plaisante mais sans aucune originalité (le break central en arpège apparaît lui hors de propos) et l'on s'aperçoit en achevant Carnival Is Forever que ce qui aurait pu être une suite plus poussée dans le bizarre Indus-chose déroutant – la pochette vendait du rêve – n'est finalement qu'un enchaînement de rythmes sans mélodies réelles et avec de plus un son mécanisé au possible sans aucune personnalité qui ne sert pas des riffs mignons mais sans plus, face à ceux que proposait en son temps Nihility et plus récemment dans la même veine Organic Hallucinosis. Le chanteur lui-même montre ses limites avec son chant sans grande puissance et linéaire au possible, en témoigne « Homo Sum » qui a le mérite de proposer des breaks avec une légère ambiance mystérieuse amenée par la guitare (ça dure deux-trois secondes à chaque fois et c'est light par contre, profitez bien). Même la puissance délivrée par Decapitated, sa force motrice, son élasticité dans le déclinement d'un riff, sa science du rythme apparaît clairement compromise avec cet album, où seul une poignée de morceaux se démarquent du lot, « 404 » notamment, avec son tapping dantesque, ses couplets Indus-Metal efficaces et son aspect mélodique clairement mis en valeur par rapport au reste du troupeau (même si le solo final n'apporte rien à l'ensemble contrairement au riff final, superbe).

L'ambiance que souhaite prodiguer Decapitated est de toute évidence tournée vers la froideur, le mécanique à outrance, mais cela finit vite par lasser, malgré des tentatives étouffées dans l’œuf de proposer une atmosphère, sur « A View From A Hole », d'ailleurs excellente ou encore « Pest », toutes deux bien plus intéressantes que tout le reste de l'album. « Silence » demeure elle un instrumental assez intéressant, dévoilant une autre face de Decapitated, à travers un très bel arpège notamment même s'il faut avouer que comme morceau de fin on pouvait s'attendre à autre chose. Aussi Carnival Is Forever est-il décevant et clairement en-dessous de Organic Hallucinosis qui avait bien plus de c****. L'atmosphère est sous-exploitée dans ce nouvel album aux airs de Meshuggah sans la dimension aliénante et la froideur de la production liée à la fadeur de la majorité des riffs suffit à rebuter. Pas aussi mauvais cependant que The Negation, Carnival Is Forever n'a clairement pas vocation à rester dans les annales et à se tailler une place dans leur discographie.



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Commentaires


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Bon voila qui me rassure alors, vu que je les ai bien rongé, ça devrait le faire. ^^
Merci pour ces précisions !

mar. 28 juin 11- 17:26  
J'ai ouïe dire que la voix était assez faible par rapport à l'ensemble de cet album, toi qui l'a écouté, tu en penses quoi ?
sam. 2 juil. 11- 20:12  
Ah nan, je trouve pas du tout. Mais comment ça assez faible ? Au niveau du mixage ou au niveau du coffre de Rafal ?
sam. 2 juil. 11- 21:24  
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Carnival Is Forever - Infos

Voir la discographie de Decapitated
Infos de Carnival Is Forever
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Sortie : 12 juillet 2011
Genre : Technical Brutal Death Metal
Label : Nuclear Blast
Playlist :
1. The Knife (04:34)à écouter en premier
2. United (05:26)
3. Carnival Is Forever (08:51)
4. Homo Sum (04:35)à écouter en premier
5. 404 (05:10)à écouter en premier
6. A View From A Hole (06:13)
7. Pest (03:38)à écouter en premierlisten
8. Silence (04:18)
écouter : Ecouter l'album

Decapitated

Decapitated
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Création : 1996
Genre : Death Metal
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