Timo Tolkki avait trouvé la perle rare en la personne de
Timo Kotipelto pour lui succéder au chant sur l'album
The Fourth Dimension. On pouvait imaginer que le line-up était enfin stable et que
Stratovarius allait suivre une bonne dynamique et, qui sait, devenir
Helloween à la place de
Helloween. Et pourtant, Tolkki donne un nouveau grand coup de pied dans la fourmilière en recrutant deux musiciens au curriculum vitae long comme le bras :
Jens Johansson aux claviers, un ancien membre de la formation magique des premiers albums de
Malmsteen ainsi que
Jörg Michael à la batterie, l'homme s'étant déjà illustré chez
Running Wild ou chez les thrasheurs technique de
Mekong Delta. Un Suédois et un Allemand.
Et là,
Stratovarius devient une véritable machine de guerre. Dès le premier morceau, on sait à quelle sauce on va être mangé. Cela tombe bien, les allergiques au style peuvent vite s'enfuir. Les autres trouveront une espèce de plaisir masochiste à se laisser submerger par cette Armada en mouvement.
Father Time est le parfait exemple de ce vers quoi
Stratovarius veut tendre : un heavy/speed metal mélodique, mené par une batterie monstrueuse, peut-être trop bourrine par instants, envahissante, mais qui a droit à un traitement de faveur. La guitare de Tolkki se fait encore plus acérée, virulente, parfois un peu lourde, avec une tendance à se perdre dans des soli époustouflants, où l'on sent la passion du guitariste à cette époque. Le clavier prend une nouvelle dimension ; on passe des sons Bontempi indigestes à des parties ingénieuses et inspirées. Johansson prouve une fois de plus l'étendue de son talent et de son inventivité, même s'il ne participe pas encore activement à l'écriture (
Stratovarius reste LE groupe de Tolkki. Du moins, à cette période). Quant au chant de
Kotipelto, il gagne en maîtrise, les menus défauts du précédent opus sont effacés, on sent le gaillard dans son élément derrière le micro (note aux jeunes : évitez ce genre de phrase débile dans les rédactions, ça ne vous mènera nulle part). C'est donc un groupe fort. Mais est-ce que la musique suit ?
Variant les rythmes effrénés et les mid tempos assurés,
Stratovarius fait ce que l'on attend de lui, sans trop de surprises. On reste impressionné par la vitesse d'exécution sur certaines compositions (la bien nommée
Speed Of Light,
Will The Sun Rise...), on peut rester dubitatif par rapport à d'autres titres (le très "
Rainbow"
Babylon qui devait être l'un des morceaux de bravoure de l'album mais qui ne tient pas toutes ses promesses, trop kitsch dans ses emprunts à la musique orientale, ou encore la ballade
Forever aux paroles aussi niaisoux que sa mélodie).
On appréciera l'agencement des pistes, leur variété, mais on reprochera encore à
Stratovarius une certaine forme de prétention qui l'empêche d'atteindre les sommets promis après un départ fulgurant et impérial. Cela s'essouffle sur la longueur mais il faut faire avec. Le résultat reste très bon, avec quelques classiques du genre, rien que ça s'il vous plait. Avec Episode,
Stratovarius franchit un palier important dans sa carrière et se déroule lui-même un tapis rouge qu'il n'hésitera pas à parcourir. Pour le plus grand plaisir de ses fans.