On dit souvent que le troisième album est un cap (un pic, une péninsule !) et que s'il est bien accepté par les fans, un groupe peut espérer une belle carrière. Quelques groupes à la réussite probante sont prêt à passer à la barre.
Metallica,
Slayer ou encore
Iron Maiden peuvent témoigner sous serment : c'est de la balle ! Pour
Kreator, les cartes ne sont pas aussi favorables. En effet, avec
Pleasure To Kill, les teutons ont balancé ce que l'on peut qualifier, sous le doux nom de bombe à fragmentation, un album référence dans le domaine du thrash européen. Un disque explosif, meurtrier, extrême pour l'époque. Difficile de se succéder dans la brutalité sans devenir une caricature insipide de soi-même. Du coup, le groupe décide d'évoluer, de faire progresser un son qui avait déjà atteint un certain paroxysme.
De power trio, Kreator devient un quatuor. Mais ce n'est pas pour ça que le groupe trouve le moyen d'être encore plus brutal. Au contraire. A présent, la bande à
Mille Petrozza se montre bien plus technique, pose le jeu, se permet quelques petites introductions avant de rentrer dans le vif du sujet avec un upercut en guise d'autorisation. Au niveau des paroles, le groupe semble rattrapé par ses influences punk. La dérive d'un monde futuriste y est décrite, sans complaisance, sans illusion. Parfois, le groupe pointe du doigt quelques coupables, comme les sectes et autres religions (
Blind Faith), ou encore une pollution excessive (
Toxic Trace). On s'éloigne des démons et autres bestialités guerrières des deux premiers volets des élucubrations de Kreator. Influences punk que l'on retrouve également dans la façon de chanter de Mille, très saccadée et hargneuse. D'ailleurs, Petrozza s'affirme de plus en plus comme le lead singer du groupe,
Ventor délaissant le micro pour se concentrer sur ses parties de batterie, pas forcément plus puissantes, mais bien plus élaborées que par le passé.
Ainsi, on déguste particulièrement le très travaillé
Terrible Certainty et son introduction jouissive, une montée en puissance jusqu'à l'explosion d'un riff qui propulse directement ce titre parmi les classiques de Kreator ; on appréciera également l'apocalyptique
Behind The Mirror ou le lugubre
One Of Us. Les Allemands évoluent intelligemment pour éviter la redite et espèrent provoquer un engouement avec cet album maousse à la pochette équivoque. Malheureusement, ce ne sera pas tout à fait le cas. Jugé un peu mou à sa sortie, il ne déchaînera pas les foules. Pourtant il s'agit là d'un album de transition, Kreator se façonnant un style qui lui est propre et qui influera la ligne directrice au niveau de l'écriture pour quelques années. Pas forcément leur meilleur opus, il prend souvent la poussière sur les étagères. Mais dès qu'il atterrit sur les platines, on comprend qu'il est dommage de ne pas lui faire voir le saphir du lecteur plus souvent. Terrible Certainty est un bon album, peut-être trop maniéré pour les fans de la première heure, mais qui reste terriblement efficace. A découvrir, ou à redécouvrir selon les cas.