Il y a des albums que l'on peut écouter pendant deux journées entières et qui peuvent nous laisser dans l'expectative malgré tout. Des disques qui laissent bon nombre de questions en suspens... et surtout, il est impossible pour le chroniqueur de savoir s'il les a parfaitement maîtrisées. Drifter est de ceux-là. Parce que le groupe opère là un métissage musical qui peut prendre l'auditeur lambda de court.
Masala explore différentes voies, passant d'un jazz intimiste à des sonorités metal sans oublier quelques passages funky. Le combo, mené par
Franck, ne semble pas s'être imposé de frontières. Ce serait en total décalage avec son éthique. On peut penser par moment à une approche à la
The Mars Volta de la musique, dans un esprit "no limit" qui laisseplace à la surprise. Impossible de savoir à l'avance à quelle sauce nous allons être mangés, chaque morceau ayant sa personnalité et son style propre.
Les titres les plus rock gardent quelques relents prog pas dégueulasses, à l'instar d'un
Fair To Midland. Masala a la même faculté que les Texans à offrir spontanément un riff agréable sans être violent, électrique sans déborder de partout, agrémenté de parties vocales de bon ton, avec un refrain entêtant et entraînant.
Phonetique Mentale s'inscrit parfaitement dans cette veine, avec une alternance de chant anglais et français qui ici passe bien. Si le virulent
Planet Earth se défend parfaitement sur le plan musical, les vocaux en français passent ici un peu moins bien. Peut-être est-ce du aux paroles qui sont pour le coup trop prévisibles ou qui manquent un peu de forme (Qui m'a donc appris le respect de la nature/Chaque jour que je vis c'est elle qui me nourrit/Je ne dois pas la dénigrer ni même la souiller/Ouvrez les yeux il est déjà trop tard) ?
Mais il ne faut pas dénigrer les aspects les plus cool de ce Drifter. Il y a par exemple
Out Of Time, ballade à la mélodie aigrelette, le jazzy
Asfaras , véritable voyage musical, quasiment onirique. C'est là l'une des forces de Masala, celle de nous guider conduire aux antipodes du metal traditionnel, qu'il soit brutal ou mainstream. On notera également quelques passages limite rappés qui ne choqueraient pas sur un album de
Rage Against The Machine (
The Drifter ou encore
Planet Earth). Comme une plus value qui s'inscrit parfaitement dans la logique de l'album.
Vous l'aurez compris, ce disque s'adresse aux plus ouverts d'esprits tant l'ensemble ratisse large. Mais il ne faut pas y voir de pseudo élitisme, l'ensemble reste relativement accessible. Juste étonnant aux premiers abords, très agréable une fois que l'opus a été digéré. On peut regretter que l'ensemble ne soit pas plus homogène, mais ne serait-ce pas là trahir l'esprit Masala ? Pour un premier album, The Drifter est un disque solide, sans pour autant être dénué de défauts (l'agencement du chant à certains moments a un rendu étrange). L'ensemble doit vraiment prendre toute son ampleur sur scène, où Masala peut prendre son essor.