Marilyn Manson n'avait pas vraiment frappé un grand coup avec son
Portrait Of An American Family en 1994 d'un point de vue purement artistique. Cependant, son sens de la provocation, ses clips dérangeants et son discours sans complaisance sur les USA avaient beaucoup fait parler de lui. Et comme c'est souvent le cas, la maison de disque s'est empressée d'alimenter le buzz en sortant très rapidement ce... produit.
Smells Like Children n'est pas à considérer comme un nouvel album, ce n'est pas tout à fait un EP non plus. Pour faire court, disons que c'est un sacré capharnaüm. Le n'importe quoi sur disque. Bien qu'il semblerait que le Révérend lui-même s'était opposé à sa sortie en tant que tel, ça n'a pas empêché Trent Reznor de s'en charger via son label Interscope Records. Du coup, le fan tout talqué de frais se retrouve avec ce disque au format bâtard, avec une pochette inexistante (sous le vert radioactif, le néant. La jaquette n'est qu'une feuille plastifiée recto verso...)
Et musicalement, on touche l'équivalent d'un burlesque de l'époque du cinéma muet. Ça part dans tous les sens, à un rythme effréné et si on laisse son attention vagabonder un instant, on rate le bon gag. Celui à se tordre de rire par terre tellement c'est bon.
Smells Like Children, c'est cette problématique. Parce que trois morceaux sortent réellement du lot (allez, soyons fou, un quatrième peut être pointé du doigt à la sauvette), les trois autres sont des reprises. On va rapidement passer sur le
I Put A Spell On You de l'inoubliable
Screamin' Jay Hawkins et sur le
Rock'n'Roll Nigger de l'égérie rock
Patti Smith pour bien sûr s'attarder sur le
Sweet Dreams, reprise absolument géniale d'
Eurythmics. Bien sûr, parce que si un titre affublé du sceau de
Marilyn Manson est apte à rester dans l'histoire, c'est celui-ci. Complètement revisité, il laisse tomber le rythme dansant, presque martial de l'original pour devenir une oeuvre noire, glauque, d'où la sanie s'échappe comme une nuée d'asticots d'un cadavre... Manson a réussi un coup de maître et grâce au single, s'est ouvert les portes de la gloire.
Malheureusement, la construction du disque brise petit à petit tous les effets de style déployés. Entre intermèdes abracadabrantesque (copyright Jacques Chirac) et remix nigauds, l'auditeur se retrouve dans une purée de pois sonore sans logique. Ainsi, certains morceaux évidents du premier album se retrouvent remixés plusieurs fois comme
Dope Hat ou
Cake And Sodomy (cette dernière bénéficiera d'une version bluesy sympathique). Pas de quoi casser trois pattes à un canard et encore moins montrer une quelconque logique. Le capharnaüm. Les 120 jours de Sodome et Gomorrhe sans la prétention artistique derrière.
Smells Like Children n'est pas obligatoire. Le fan peut très bien vivre sans ce disque qui ne ressemble pas à grand chose, sinon à un écrin fantaisiste pour un bijou, une perle parmi les perles. Heureusement,
Marilyn Manson débarquera avec son
Antichrist Superstar et se chargera donc lui-même de faire oublier ce disque inutile.