Après une signature chez le géant allemand Nuclear Blast en 2010, une tournée américaine en compagnie de
Nevermore, ou
Keep of Kalessin cette année, les Brésiliens de
Sepultura reviennent taper du poing sur la table avec « Kairos », le douzième album de leur carrière. Si on entendait dire du côté de Max que le monstre de Belo Horizonte était en pleine négociation pour une reformation avec son line-up d’antan, le capitaine du bateau Andreas Kisser en a décidé autrement, allant même jusqu’à réunir ses compagnons de route pour tourner une vidéo niant une quelconque tournée avec les frères Cavalera. « Kairos » se présente donc comme l’opus qui fera taire ou non ses détracteurs.
« Kairos » marque la deuxième collaboration de
Sepultura depuis que Joey Dollabella a remplacé Igor Cavalera, qui a préféré rejoindre son frère et former son projet électro, Mixhell, avec sa femme. Pour ceux qui étaient au Hellfest, le nouveau batteur du combo a laissé une belle impression. Le groupe a même été jusqu’à ressortir du placard « Ratamahatta » pour l’évènement.
Mais à l’heure d’aujourd’hui, il n’est pas question de savoir si les membres de
Sepultura sont des techniciens aguerris. Il est question ici de connaître le réel potentiel de la formation après tous ces périples médiatiques, mais aussi de voir si les Brésiliens pourront rehausser le niveau d’un « A-lex » fragile et peu charismatique. Et comme ce dernier,
Sepultura a décidé de nous remettre dans ces histoires d’albums concepts. Après avoir parlé de l’œuvre de Dante sur l’Enfer, le Paradis et le Purgatoire avec « Dante XXI », d’avoir revu au gout du jour Orange Mécanique avec « A-Lex », « Kairos » évoque un moment précis avec le temps. Un délire temporel incompréhensible qui en laissera plus d’un dans la perplexité, mais après tout, l’important est de parler musique.
C’est à « Spectum » d’ouvrir le bal, et l’on ressent une approche plus directe et agressive de composer de la part du quatuor. Ce morceau n’est pas imparable, mais parvient à faire entrer l’auditeur dans le disque sans trop d’efforts. Le titre éponyme est plus évocateur, le phrasé de Derrick Green est violent, les riffs de guitare sont typiques de Kisser et cela fait plaisir à entendre. Ce dernier répond présent et balance son poignet comme un forcené, dans une optique de vitesse et d’efficacité sans précédent. Le succès de
Sepultura est aussi dû à cet homme qui a su relevé le niveau de la bête depuis son arrivée en 1987. Mais comme tout album de
Sepultura depuis 15 ans, il faut se méfier et laisser le reste de l’opus se dévoiler peu à peu, à l’image de ce « Dialog » frénétique. Toute fois, nous ne ressentons pas de gêne à l’écoute de ce « Kairos » brut de décoffrage, qui laissera sans doute plus d’un mosheur sur le carreau.
Autant dire que cette offrande 2011 de nos amis Brésiliens laisse des traces, les surprenantes variations offertes, qui voguent entre le thrash, le hardcore, mais aussi le heavy, donnent une identité à cet opus. « Kairos » risque de faire son effet, seulement si les détracteurs du groupe aujourd’hui daignent à poser l’oreille sur l’offrande. On sent que
Sepultura a travaillé dur pour arriver à ce niveau aujourd’hui, et c’est tout bien tout honneur que la bande à Andreas Kisser révèle un album fort, bien que peu innovant.
Jamais
Sepultura n’est apparu aussi fort depuis le départ de
Max Cavalera, et ce n’est pas une reformation aujourd’hui qui redonnera de la personnalité à la bête brésilienne mais bel et bien « Kairos ». N’attendez aucun point commun avec le passé, la formation va de l’avant sans regarder dans le rétroviseur. Peut-être aurait-il fallu adopter cette attitude dès l’arrivée de Derrick Green ? Toujours est-il que
Sepultura affiche ses influences de belle manière, et que ce nouvel album est très appréciable.