Serenades, le premier LP d'
Anathema a été composé vers la même époque que
The Crestfallen Ep, ce qui explique que ces deux opus gravitent autour d'un même genre, un doom death lugubre et mélancolique. Pas de grandes évolutions donc, le groupe de Liverpool garde une ligne directrice simple, faite de guitares lourdes et lentes avec des vocaux entre les abysses et le chagrin.
Du coup, sur un album entier, cela peut vite prendre des allures de drame inéluctable. Il n'est pas facile de se passer ce disque d'une traite tant la mélancolie qui s'en dégage est à la limite du pénible. Le chant guttural de
Darren White y est pour beaucoup. Sur des riffs lents, cela prend une saveur d'outre-tombe à donner la chair de poule, surtout que le chanteur n'hésite pas à employer ça et là des intonations plus claires qui viennent donner un contraste saisissant.
Heureusement, Anathema s'octroie quelques digressions parfois étonnantes mais bienvenues. Ainsi, Sleepless se présente comme un ovni avec sa basse qui imprime une mélodie plus groovy, bien suivie par la batterie, dont le refrain se veut immédiatement plus heavy, avec retour de grosse voix et saturation. Il y a également ce J'ai Fait Une Promesse qui à l'instar d'Everwake sur The Crestfallen Ep est une pause acoustique avec un chant féminin (toujours assuré par Wilson). Une chanson calme, onirique, mais gâchée par la performance de la demoiselle. Ce n'est pas qu'elle n'a pas un joli brin de voix, le problème est ailleurs. Apparemment, le français n'a pas figuré dans son programme scolaire et les paroles, rédigées dans la seconde langue de Jane Birkin ne fait pas dans la simplicité. On le remarque sur certains mots où la malheureuse butte. Dommage, l'idée était bonne à la base. Plus délicat, en revanche, est l'instrumentale Dreaming : The Romance. 23 minutes où les mêmes notes sont jouées au clavier, pour un résultat éthéré et franchement pénible. Inutile d'attendre patiemment jusqu'au bout, jamais cette pièce ne décollera, jamais elle ne connaitra d'explosion guitaristique. A moins d'adorer et de pardonner tous les délires de
Pink Floyd, difficile d'entrer dans cette composition absconse qui tend vers une certaine égocentricité musicale.
Puis il y a les titres résolument doom, comme They (Will Always) Die, Sweet Tears ou encore Sleep In Sanity qui font office de rouleau compresseur avec leurs (maigres) mélodies funèbres, de véritables blocs funestes véritablement écrasants. On peut également citer l'excellent Lovelorn Rhapsody et son riff lourd, lent, qui résonne comme une reptation infernale, jusqu'au break final qui apporte une brutalité nouvelle et une légère accélération. Une entame d'envergure.
Entrer dans ce disque n'est pas toujours chose aisée, surtout quand on ne connait que les disques les plus récents d'Anathema. Cependant, Serenades est un disque important dans le développement de ce genre de doom et s'inscrit dans une logique avant-gardiste pour l'époque. Avec
Paradise Lost et
My Dying Bride, Anathema a contribué à faire bouger les choses dans la perfide Albion puis, plus doucement, dans le reste de l'Europe. Un album à découvrir, mais attention à l'overdose.