The Crestfallen E.p est le premier enregistrement officiel d'
Anathema, qui fait suite à deux démos parues au début des '90. Ici, le groupe de Liverpool dessine avec application le style qui lui sera propre durant la première partie de sa carrière, à savoir un doom teinté de touches death. Anathema propose une musique lente mais dense, chargée de mélancolie.
Formées à partir de riffs monolithiques et répétitifs, les compositions d'Anathema sont propices à de longs passages instrumentaux qui viennent résonner comme une sombre litanie mortuaire. Nous ne sommes pas confronté à la brutalité, nous avons affaire à une noirceur crépusculaire. Plus dans des teintes de gris qui se rétractent par moment jusqu'au néant. Le chanteur
Darren White n'est pas étranger à cette impression étrange. Avec son chant entre le guttural intelligible et la psalmodie, il contribue à créer une ambiance délétère.
Puis il y a des passages plus introspectifs, comme le délicat Everwake sur lequel le chant est assuré par
Ruth Wilson. Un chant féminin, donc, qui vient se placer délicatement sur des guitares acoustiques plus légères. Un moment de paix dans cette multitude funèbre. On est encore loin d'avoir une oeuvre, un classique, cependant. En effet, Anathema a la fâcheuse tendance de se répéter dans les constructions, voire dans les plans de guitare. L'ensemble manque quelque peu de variété mais il permet déjà de constater qu'en Angleterre, au début des années 90, un nouveau mouvement, étrangement avant-gardiste, prenait forme. Une alternative entre le death metal et des passages plus lents, plus dans l'esprit de
Black Sabbath.
Avec
Paradise Lost et
my Dying Bride, les britanniques d'Anathema se posent comme les pionniers d'un genre nouveau. Mais les entames de carrière ne sont jamais facile et avec ce galop d'essai, Anathema parviendra tout juste à attirer l'attention sur lui. Il faudra attendre
Serenades pour réellement débloquer la situation du groupe.