Peace Sells... But Who's Buying ? était un album sale, à la production minimaliste qui ajoutait à la sourde violence de l'ensemble et qui avait imposé
Megadeth comme le quatrième grand du thrash ricain. Même si ces groupes ne s'entendaient pas comme les quatre doigts d'une main de Simpson, ils formaient une puissance de feu démesurée dans le paysage métallique de l'époque, même si l'Europe fourbissait ses armes.
Aussi, de nombreux espoirs ont été placés dans le successeur de Peace Sells. Mais
Dave Mustaine vire tour à tour
Chris Poland et le regretté
Gar Samuelson qui ne rentraient plus dans ses plans. Si le premier est remplacé par
Jeff Young qui était prof de guitare, le second est remplacé par son technicien batterie personnel,
Chuck Behler. Pour la petite histoire,
Nick Menza était le technicien batterie de Behler, comme quoi tout est cyclique. Ensuite, un cinquième membre prend place au sein du groupe. On pouvait déjà le rencontrer en invité spécial sur les deux opus précédents, mais ici, il prend bien plus d'importance au point de devenir lentement le moteur de Megadeth : la drogue. Ce qui peut expliquer des morceaux sans réelle structure, parfois complètement hallucinés, limite à côté de plaque par moments.
Il faut dire, dès l'introduction musclée, Into The Lungs Of Hell et ses cuivres angoissants, on se demande où l'on va. En Enfer comme le suggère Mustaine ? Set The World Afire, semble vouloir le confirmer : riff ultra rapide, ambiance thrash, mais son pourri à l'extrême. L'un des gros point faible de cet album, à l'origine, réside dans sa production. On navigue entre une espèce de bouillie sonore et des parties instrumentales étrangement robotiques, rien qui puisse rendre justice à Megadeth. Pourtant, le début est engageant, radical. On retrouve l'ambiance crade et malsaine du Peace Sells, sans réelle évolution. Alors on résiste parce que mine de rien, ça peut le faire.
Malheureusement, ce disque manque cruellement d'unité. Sous l'emprise de la drogue, Mustaine est capable du meilleur, des purs élans de génie comme la confession Mary Jane (marijuana dans le texte) avec son chant plaintif, désabusé, une déclaration à la fois d'amour et de haine, aux solos qui surgissent sans crier gare et qui s'enfuient dans l'urgence. Ou encore In My Darkest Hour, en hommage à
Cliff Burton, qui commence doucement, de façon douloureuse, pour un final explosif, énervé et jouissif. Puis il y a le reste. Un reste où Mustaine se montre moins inspiré. C'est rapide, bien joué, mais on a pas de frisson. 502 et Liar sont desservis par des refrains qui tombent un peu à plat, Hook In Mouth ne tient pas toutes ses promesses et s'essouffle un peu. On a du mal à retrouver les sensations qu'on avaient avec Peace Sells, où chaque morceau pouvait partir en couille à tout moment. Là, ça semble un peu fade malgré quelques bonnes idées, un bon riff, un bon solo. Mais il manque l'étincelle qui mettrait réellement le feu aux poudres. Et ce n'est pas la reprise du Anarchy In The UK des
Sex Pistols qui pourrait s'en charger, bien trop inoffensive pour cela, avec un Dave Mustaine qui ne parvient pas à restituer toute la saleté vomitive d'un
Johnny Rotten.
So Far, So Good... So What ! est un album qui aurait pu s'effondrer sur ses bases. Heureusement, les bons morceaux surclassent aisément les autres, qui sans être mauvais sont juste plats. Quelques morceaux réussis qui confinent presque au génie. MegaDave était entre deux mondes, entre une froide réalité comme le prouve la pochette qui est en continuité avec ses thèmes favoris (mais moche, mettons-nous d'accord tout de suite) et la dérive insolente des stupéfiants. A noter que la version remasterisée est hautement recommandable : si les titres bonus sont gentiment inutiles, le son est nettement meilleur et rend l'écoute bien plus agréable.