Trois années se sont écoulées avant que
Neurosis ne sorte un successeur à A sun that never sets. Trois années non pas inactive, le groupe de Oakland a sorti ses énormes lives et a collaboré avec
Jarboe pour finalement en arriver là. Mais là c'est où?
Deux choses dont il me semble nécessaire de parler: l'avant A sun that never sets et la musique de
Neurosis plus généralement.
S'il est bien un groupe mythique dans le monde du métal tout comme peut l'être un
Morbid angel ou un
Emperor, c'est
Neurosis. Non pas qu'il dispose du même succès mais seulement parce que c'est un groupe qui a influencé et influence tant encore. La musique de
Neurosis c'est trois adjectifs: pachydermique, torturée et planante. Il est bon de savoir que la pièce maîtresse du groupe, et donc ce qui caractérise le plus son style que l'on appelle généralement Post-Harcore ou Post-core, est Times of Grace, un album difficile d'accès (comme les autres bien sûr), et qui témoigne d'une violence intensive mêlée à des ambiances doom très pesantes et les voix de
Steve [1[von Till" class="search">von" class="search">Steve [1[von Till et
Scott Kelly, très core mais tellement torturée. Ça c'est
Neurosis avant A sun that never sets ou le premier énorme virage du groupe. Ce dernier, vivement contesté ou approuvé à sa sortie, dévoile une face du groupe assez secrète: l'acoustique et la poésie. Poésie il y en a toujours eu mais là, c'est autre chose, et l'apport de violoncelles et de guitares acoustiques s'envolant dans le marteau électrique que sont les passages core de
Neurosis est toujours aussi intense.
Pochette sobre: l'œil d'une tempête, l'âme d'un homme. Si s'attarder sur la pochette ne nous intéresse guère, nous consacrer à la musique nous semble encore plus essentiel que pour un autre groupe.
Neurosis est le genre de groupe difficile d'accès où l'écoute d'un album peut se révéler laborieuse, mais une fois que vous vous êtes mis à fond dans l'écoute, plusieurs écoutes, vous vivrez le groupe comme il se doit et The Eye of every storm ne déroge pas à la règle.
La première chanson, "Burn", pose l'ambiance, intro lumineuse avec larsen et sobriété dans le couplet qui montre un
Steve [1[von Till" class="search">von" class="search">Steve [1[von Till au chant calme mais triste. Refrain à deux voix, couplet, break long, voix claire doom, l'ambiance est posée, un cri et c'est la violence qui arrive jusqu'à s'éteindre, morceau lumineusement sombre... S'éteindre? Non je me suis trompé...Un arpège. Est-ce un arpège? C'est brouillon et hypnotique, tellement sombre, le son est saturé, les notes s'enchainent et s'étouffent, les guitares emportent le refrain et la voix est mélancolique, la violence arrive plus vite que l'on peut le croire et surprend, la mélodie reste en tête: "No river to take me home" est un chef-d'oeuvre d'ambiances et elle s'éteint avec une note de guitare. "The eye of every storm" résume l'album: son étrange, comme une plainte de la Nature. La batterie arrive avec une mélodie aux claviers et toujours cette voix, triste et fatiguée. Le refrain? Il est majestueux avec ces voix mêlées entre elles dans un chant de tristesse; et ce vent qui joue de lui-même pour traduire à la Nature le chant des hommes, encore de la violence, mais celle -ci est si mélodique.... "Left to wander" arrive avec ce bruit d'orage ou de vagues et la batterie qui claque, qui sonne le glas comme un rythme quasi militaire et le vent qui soufle de plus en plus fort avec ce clavier derrière qui porte l'ambiance. L'arrêt est brusque car calme: quelques notes de guitares remplies par
Steve [1[von Till" class="search">von" class="search">Steve [1[von Till toujours porteur d'émotions. Le refrain est étrange: "We're left to wander" crient des voix des profondeurs, torturées, tellement torturées et bientôt étouffées par l'arrivée de guitares pachydermiques propre à
Neurosis. Elles continuent leur tumulte jusqu'à abandonner la batterie, qui rejoue avec son âme ce rythme militaire bientôt suivi d'ambiances de plus en plus fortes: cette mélodie lente au clavier et cet orage toujours derrière closent le morceau dans l'émotion. "Shelter" est un morceau encore plus calme et lent: une interlude doom à la
Neurosis avec mélodies de guitares discrètes et ambiances possessives au loin. Arpèges qui s'enchainent et toujours des ambiances qu'on ne peut définir que dans l'abstrait. La mélodie revient cette fois plus violemment mais ce n'est qu'une faible tempête et l'interlude s'arrête sur des guitares mystérieusement. Le morceau suivant, "A season in the sky", est un des plus chantés et a le mérite de reposer en écoutant la voix de
Von Till gémissant jusqu'à une fin tout en mystère d'ombre. Le morceau le plus atmosphèrique est bien "Bridges" avec du clavier partout et ce piano accompagnant la voix dans son travail de mélancolie. Des fréquences semblent être détraquer. On est ailleurs et la fin de la chanson est à la fois un
cyclone et une brise. Dernier morceau de l'album, l'un des plus connus de
Neurosis, "I can see you", chanson douce, chanson qui semble décrire par son titre la conscience retrouvée dans la tempête obscure de l'âme du souffrant. La fin de la chanson est en tout cas l'une des plus belles qu'il m'est été donné d'entendre, avec cette guitare qui respire la vie.
Longue chronique pour une longue étude. Six écoutes de l'album vraiment intensives allongés, mi-endormi, pour ressentir l'un des groupes majeurs de l'histoire du métal. The Eye of every storm est la face cachée de
Neurosis ,le mélange parfait entre le
Neurosis de l'avant A sun that never sets et celui de l'après. Cependant, le mélange est bref, le calme règne, la pachydermie des riffs est peu présente de façon à pousser l'émotion. Le groupe a voulu faire chanter la Nature, faire ressentir le cœur de la tempête. C'est si calme...Vous serez vider de vos émotions après l'écoute d'un tel album, une catarsis remarquable, servie par un groupe de génie.