Qui aurait parié sur Deep Purple à l'aube des années 70 ? A cette époque, le groupe parait bien inoffensif, sans grandes prétentions artistiques. Les ventes des trois premiers albums n'ont pas été exceptionnelles. Mais après quelques remaniements au sein de l'effectif, le groupe accouche d'une des premières pierres angulaires du genre avec
In Rock. Si
Fireball est un peu plus anecdotique,
Machine Head se révèlera tout aussi indispensable à tout fan de metal qui se respecte. Le vilain petit canard est devenu un cygne et un monstre sacré du rock en général.
En pleine tournée, Deep Purple découvre le public japonais qui s'ouvrait de plus en plus à ce nouveau genre envahissant les bacs des disquaires. Ce peuple d'apparence si réservé allait se révéler terrible, et porter le groupe dans son effort. Trois dates ont donc été enregistrées : deux à Osaka les 15 et 16 août 1972, une autre à Tokyo le 17. Et elles nous sont livrées en un diaporama exaltant, criant de vérité. Made In Japan est à l'origine un double album live. Même si à présent 76 minutes tiennent sur un seul disque, à l'époque du vinyle, ce n'était pas le cas et il fallait bien quatre faces pour pouvoir placer les sept titres. Cela peut paraitre ridiculement peu, mais une fois qu'on découvre les versions proposées, on en reste coi.
Typique des années 70, les gigs donnent lieu à d'impressionnantes improvisations et à des solos en pagaille. Ce Made In Japan n'échappe pas à la règle. Si Highway Star diffère de sa version studio par un surcroit d'énergie et un son très rêche qui en définitive lui va comme un gant, que dire de Space Truckin' et de son quart heure de délires, où l'orgue de
Jon Lord se fend de sons pour le moins... spatiaux ? Comment ne pas apprécier l'énorme solo de batterie de
Ian Paice sur The Mule ? Le public est très présent, sixième membre du groupe, et incite ce dernier à aller encore plus loin, à se donner à fond. C'est dantasque, complètement allumé, on assiste à un partage entre les spectateurs et Deep Purple. Et là réside l'une des magies de ce disque : nous faire vivre ce moment de bonne humeur, cette communion, cette osmose.
Mêmes si quelques rumeurs font état d'overdubs sur Strange Kind Of Woman, le reste est du garanti 100% naturel. On peu d'ailleurs discerner quelques pains, une guitare qui bave, une basse qui sature un peu trop par moment, un chanteur qui se déchire la voix comme sur l'immense Child In Time. Faîtes une expérience : écoutez le
Unleashed In The East de
Judas Priest puis ce made in Japan, la différence vous sautera aux oreilles instantanément ! Ici, pas de tricherie, c'est du brut de décoffrage et ça part en vrille, ça argumente, ça se combat lors de duels épiques. Les musiciens ne font pas que jouer bêtement les morceaux, ils les réécrivent, les réinventent au gré des fantasmes, des idées, du feeling.
La version remasterisée de 1998 contient un disque bonus de plus de vingt minutes avec trois titres captés lors des mêmes concerts : Speed King, Black Night et le Lucille de
Little Richards, de quoi se déboucher encore une fois les trompes d'eustache avec le même sourire béat.
Evidemment, les personnes qui ne connaissent que les live modernes risquent de ne pas comprendre. Ni l'engouement que peut susciter un tel produit, ni les musiciens qui font comme s'ils jamaient dans un garage. A cette époque, les concerts pouvaient prendre des tournures inattendues. Mais en définitive, c'est un pied complet que l'on se prend à l'écoute de ce Made In Japan, l'un des meilleurs album live de l'histoire du metal, l'un des plus grands du rock. Une réussite majeur que le groupe n'arrivera jamais plus à rendre sur disque.