Qu'il semble loin le temps où Helloween était considéré comme le plus sérieux rival d'
Iron Maiden et où EMI se battait pour avoir ce poulain fougueux dans son écurie... Mais voilà, l'histoire n'est pas aussi rose que cela, elle est même plutôt noire. Excédé par l'ambiance au sein du groupe, Kai Hansen quitte le groupe et s'en va fonder
Gamma Ray, laissant Weikath seul maître à bord. Le groupe, attiré par l'argent (malgré les palettes de Keeper vendues, le groupe gagnait des clopinettes), cherche à rejoindre EMI, mais Noise, pas fou, s'y oppose et s'ensuivra un long et éreintant procès qui privera Helloween de studio un certain temps. Quand enfin Helloween peut enregistrer son album, les choses ne sont pas aussi simples.
Pour remplacer Kai Hansen, le groupe embauche un inconnu du nom de
Roland Grapow qui avait officié avant chez
Rampage. Et là où Weikath désirait la présence de Tommy Hansen comme producteur, la maison de disque leur impose Chris Tsangarides, qui venait de produire coup sur coup le
Tatooed Millionnaire de
Bruce Dickinson ainsi que le
Painkiller de
Judas Priest. De grosses productions donc, notamment celle du Priest. Mais Tsangarides dénaturera le son d'Helloween.
Car dès la première écoute, ça saute aux oreilles : le son n'est franchement pas aussi classe, aussi élégant que sur le Keeper Part II. Ce dernier était assez mal produit, mais il avait un pouvoir d'attraction grace à des guitares qui ne bavaient pas, une certaine pureté et une dignité qui lui était propre. Là, c'est comme si on se retrouvait avec une multitude de Rise And Fall du pauvre. Certes, il y avait une volonté du groupe de se rendre plus accessible au grand public (traduisez : plus commercial), mais comment expliquer une horreur comme I'm Doin' Fine - Crazy Man ? Comme expliquer le côté agaçant d'une chanson comme Goin' Home ? Comment trouver une excuse à un groupe qui, poussé par le producteur, place un Heavy Metal Hamster sur disque alors que les face B de singles sont bien plus convaincantes ?
Et pourtant, quelques compositions viennent sauver cet album du plantage en règle. Tout d'abord, Mankind, co-écrit par Roland Grapow, le nouveau, et qui se veut épique, ambitieuse. Kiske se rappelle à notre bon souvenir, comme un peu avant sur le speed Someone's Crying, une autre composition de Grapow. The Chance nous donnera également quelque satisfaction et il s'agit encore d'une composition de Roland Grapow... Le nouveau saura tirer son épingle du jeu. Mais c'est trop peu empêcher le groupe de marcher sur la peau de banane de la déchéance...
Etrangement, Weikath se mettra très en retrait, laissant le devant de la scène à Michael Kiske qui a imposé un style d'écriture qui ne convenait pas au groupe. Une véritable trahison au son d'Helloween, que beaucoup de fans ne pardonnèrent pas. Kids Of The Century est sympa sans plus, loin des capacités du groupe, une ouverture un peu faible, sans ce côté séduisant, taquin. Your Turn est une jolie ballade, mais qui n'apporte rien, Goin' Home est énervante... Le chant ne séduit plus autant.
Le visuel surréaliste de l'album, le changement de logo, le son, les compositions bâclées au mieux, insupportables au pire... Un cumul qui fait que cet album aura connu de nombreuses critiques négatives à sa sortie. Et elles sont justifiées. Helloween a perdu gros, surtout qu'en face, Kai Hansen marquait des points avec deux albums de Gamma Ray faits dans un esprit de tradition... Il n'est pas étonnant alors que le groupe ait voulu faire quelque chose d'ambitieux par la suite, trop ambitieux pour l'état d'esprit des Citrouilles qui prenaient en plus un certain melon...