Just say NO
"Boyd Rice is a black pimp" (Charles Manson)
NON. Voilà un nom qui parlera surement aux amateurs de musique noise, elle aussi et au même titre que le Black Metal, une musique extrême bien spéciale. Bruitisme, expérimentations, minimalisme et même occultisme sont les fondements de cette musique, ici tirant vers l'industrielle. Boyd Rice en est un des fondateurs, bien que son style reste extrêmement personnel et mysterieux. NON est son terrain d'expérimentations.
Boyd est souvent critiqué et décrié pour ses accointances au nazisme, au darwininsme social, et à l'Eglise de Satan (Anton LaVey). L'homme qui allie treillis et kitsch rose-bonbon, satanisme et poupées barbies, reste très ambivalent quant à ses vrais opinions. Provocation artistique ou véritables idéologies ? C'est une part du mystère de ce photographe – plasticien – musicien. Personnage étrange, dérangeant et contradictoire en lui-même, sa musique, un "de-endoctrinement", est elle sans ambages.
Et cette chronique s'adresse aux auditeurs en manque de sensations fortes musicales, ou non-musicales, du paroxysme de l'inaudible, scandé, brutal, calme et extrêmement angoissant.
God and Beast.
God and Beast n'est pas chanté. Il est parlé, lançant des ordres, des maximes. Lentement. "Kill !". Les mélodies n'existent que très peu, et les seules que vous pourrez déceler seront celles des alarmes, noyées dans un bruit grésillant.
Comme si l'homme entrait en transe, illuminé, dans un bunker rose.
Il regarde le ciel en ébullition fushia, étoilé de swastikas, et dit :
"Do you want...
TOTAL WAR ?!"
L'album est subversif, dangereux. On le sent, le ressent même, mais on plonge dans l'angoisse et on se laisse porter par les sublimes noms de titres laissant rêveur : "Between Venus and Mars", "Lucifer, The Morning Star"... Mais la violence dadaïste de Boyd nous rattrape rapidement. Passant de bruits et ambiances occultes et magiques – magick ? – comme dans "Milestones" à des tambourinements tellement durs qu'ils nous en font trembler les os, le grand maître de l'indus nous promène on ne sait où. Impossible de faire travailler son imagination, impossible de se sortir de ces sons métalliques infernaux. Ultra-violent tout en étant (très) sombrement magique comme Coil le faisait si bien, NON est divin. Et sa musique opaque, obscurantiste même. Assemblage de bruits formant une messe méphistophélique aussi dépouillée que l'est la pochette, elle dégage une aura pourtant insondable et un univers parfaitement symbolique.
Out ! Out ! Out !
Criés, parlés, scandés, les vocaux de God and Beast sont loin d'être les vocaux "classiques" de la musique. Ceux-ci sont accompagnés par leur cortège d'absurdité. Leur cortège de folie musicale frénétique.
Les sons sont volontairement abîmés, et par un procédé qui échappe à l'entendement, ils en deviennent mystiques. Par ailleurs, cela permet à Boyd de choisir un "registre" à ces sonorités, de piocher dans les sons angoissants, répétitifs, impliquant à eux seuls une atmosphère. Lorsque, dehors, vous entendez un piaillement, votre cerveau assimile ce son à une image ou un sentiment, pour cet exemple : l'oiseau. Le même procédé est utilisé ici, le plus souvent avec des alarmes. Les alarmes ont des voix flippantes, principalement parce qu'elles crient... en continu. Libérées du souffle, et mégaphonées à longue portée... C'est une chose que NON utilise ici sans état d'âme. Entre sonorités pétillantes, scintillantes et mur de bruit inharmonieux, Rice crie, gueule, ordonne. Ce diktat musical se vit, se ressent dans la chair. Et pour entrer en osmose avec la folie pernicieuse du NON, il vous faudra invoquer la Grande Bête, le volume de votre chaine poussé au maximum.
L'impact magique, magistral, maléfique de God and Beast se fera ressentir de lui-même.
Boyd Rice est décrit comme l'artiste le plus dangereux, et ce preuve à l'appui. God and Beast en est une. Vous en sortirez changé, que vous le vouliez ou non, que vous le sentiez ou non. Au delà de la musique, du son, du bruit, noise ou indus, NON est la transcendance iconoclaste, bourrée de messages subliminaux, de paroles occultes, l'attrait du Noir, de l'ombre. La démence vous est chuchotée doucement, au creux de votre oreille. Elle s'évanouit dans une pluie d'étoiles qui achèvera ce qui a été commencé, fermant le maléfique opus sur une feinte beauté.
NON a été dangereux, l'est et le restera dans son intemporalité.
"Yes you want...
TOTAL WAR !"