ENFIN !! Après quatre longues années de silence et de mystère,
Haggard nous octroie enfin la suite des formidables
Awaking The Centuries et
Eppur Si Muove !
Des bruits et rumeurs couraient sur cet album depuis déjà quelques temps ; on savait surtout qu’il s’agissait d’un opéra metal sur une contrée imaginaire, et qu’il était d’aussi bonne qualité que les précédents et qu’il n’y avait pas lieux d’être déçu.
Alors ? Je confirme et ne confirme pas. Indiscutablement c’est du pur
Haggard ; la qualité est au rendez-vous. Les espérances qu’on pouvait y fonder sont-elles comblées ? Là est la question. Certes, les CD qui se sont fait aussi longtemps attendre ont la plupart du temps déçu un public qui, avec le temps, avait mis la barre de plus en plus haut. Cependant je suis au regret de dire que
Tales of Ithiria restera pour moi inférieur à
Eppur Si Muove. Une déception, peut être pas quand même, un motif de regrets, surement.
En cause, des utilisations de la voix humaines un peu expérimentales, s’écartant parfois un peu de leurs techniques de prédilection ; des compositions moins assurées, moins fines ; bref, le génie est encore là mais peine plus à s’exprimer. Mais trêve de bavardage, un tel album ne peut être décrit que piste par piste.
The Origin est en quelques sortes l’introduction de l’album ; ouvrant sur un superbe air de cor anglais, Asis Nasseri lit un long texte présentant la contrée d’Ithiria et leur héros : un jeune homme, contemplant le matin de sa fenêtre, pensant aux combats qui ensanglantèrent son pays mille sept cent ans auparavant. Au fur et à mesure, le rythme s’accélère, la batterie s’amplifie, une mélodie dans le style « couronnement d’Aragorn » vient se rajouter.
Suit la longue et emblématique
Tales of Ithiria : Chapter I. Typiquement Haggardesque : mettre en deuxième position un chanson résumant tout le savoir faire du groupe. Passage death, heavy, musique renaissance, médiéval, on a droit à tout. Ce genre de morceau, tout à fait dans leur style, me fait irrésistiblement penser à certains tableaux de Jérome Bosch ou de Bruegel, dans le genre du Triomphe de la Mort ou le Jardin des délices : une accumulation d’une multitude de détail qui ne fait que mieux ressortir la cohérence de l’ensemble. Ces toiles présentent d’ailleurs un mélange d’influence médiévale et renaissance tout à fait comparable, et la folie qui y règne n’est peut être pas très loin de l’esprit du metal… Mais là ça se discute.
Suit un nouvel intermède narratif,
From Deep Within. Cette fois le héros, rentrant chez lui, trouve le cadavre de son père assassiné…
Vient ensuite
Upon Fallen Autumn Leaves, en fait la suite de
Tales of Ithiria : Chapter I. Un peu plus courte, elle présente au début les mêmes caractéristiques, et en particulier d’être écrite dans un savant mélange d’allemand, de latin et d’anglais. Elle comporte également un court passage de chant religieux, un requiem.
Un petit morceau de musique de chambre de la Renaissance suit,
In Der Königs Hallen ; il rappelle très fortement des compositions tels que les Symphonies pour le Souper du Roy de Delalande, ou ce genre d’œuvres destinées à la cour du roi de France.
La Terra Santa raconte ensuite la chute du royaume d’Ithiria, dans un style un peu plus gothique. Un petit retour du narrateur, et
The Sleeping Child revient dans le plus pure des styles haggardesque : une voix bien growl, un chœur monastique, une soprano, et un accompagnement mi électro mi symphonique.
Vient ensuite
Hijo De La Luna, qui joue un peu le même rôle que
Herr Manelig dans l’album précédent, c'est-à-dire celui de la chanson sortant totalement de leur style habituel, sans trace d’influence death et exclusivement à voix féminine. Elle est entièrement en espagnol, et mélange allégrement musique tzigane, batterie et guitare. Le chant est beaucoup plus rauque qu’à l’ordinaire, beaucoup moins travaillé. Son style populaire, malicieux et un peu échevelé, contraste avec leurs influences renaissance ; intégrer ce genre de musique folklorique rappelle plus Dvorak ou à la rigueur Rimski-Korsakov, c'est-à-dire des compositeurs de la fin XIXème. L’effet n’en est pas moins réussi, on se prend à imaginer la bohémienne dansant devant le feu, martelant le sol de ses pieds nus…
Suit encore une transition du narrateur, décidément il y en a beaucoup. Et le feu d’artifice final,
The Hidden Sign.
Résumons-nous. Tous les ingrédients sont là. Mélange inimitable de death et de musique renaissance ; alternance de voix growl, soprano, alto, baryton ; multitude des instruments utilisés, y compris du clavecin… Et pourtant, quelque chose manque. Le liant entre ces éléments est toujours là, mais quelque chose en lui semble s’être dégradé. Comme si l’inspiration commençait à manquer, le génie à s’épuiser…
Peut être était-ce simplement un album trop attendu, peut être est-ce un début d’habitude ; peut être leur monde imaginaire me parle-t-il simplement moins que la Grande Peste ou l’Inquisition. Mais le fait est que, bien que cet album soit excellent, il y a quelque chose d’indéfinissable qui semble lui manquer…