Résumer la féconde carrière de
Deep Purple à Smoke On The Water est une solution de facilité parce que cette chanson en définitive très moyenne est dopée par un riff légendaire, sinon LE riff absolu, celui qui traverse les décennies sans perdre de son charme. Une mélodie simple mais efficace, une mélodie que le guitariste
Ritchie Blackmore avait originellement jeté à la poubelle, la jugeant trop facile justement. Le reste du groupe s'est empressé de la récupérer, devinant que derrière se cachait de quoi devenir intemporel. Aussi on n'en parlera plus pour se pencher sur le reste. Parce que Deep Purple, ce n'est pas que Smoke On The Water. Deep Purple est un groupe qui accouche d'un nouveau chef d'oeuvre moins de deux ans après le phénoménal
In Rock.
Si In Rock avait la réputation d'être bruitiste à sa sortie avec son déluge d'énergie, ses titres surpuissants et ultra-saturés pour l'époque, Machine Head se montre nettement mieux produit, certainement sur-produit même. Néanmoins, le travail de Martin Birch est à saluer. Il a su capter l'ambiance particulière qui régnait dans le studio pour la restituer sur la galette : ce disque respire la bonne humeur. Si
Fireball est né dans la tourmente, miné par des problèmes relationnels entre les membres, Machine Head est joyeux, fringant. D'où l'expression mondialement connue : quand Ritchie Blackmore va, tout va.
Bizarrement, l'album n'est pas forcément très dynamique. Si, par hasard, on découvre les morceaux en version live avant d'écouter cet opus, on le trouvera même un peu mou. Highway Star, par exemple, semblera en-deça de ses possibilités. Et pourtant, le titre, très rapide, permet à chaque musicien de s'illustrer.
Ian Gillan se partage entre un chant passionné et des cris, guitare et claviers se livrent deux duels d'anthologie, des parties solo qui feront écoles. Un moment de pur plaisir et avec le recul que l'on a maintenant, on comprend la force évocatrice du morceau. Comme Speed King, il a du être une référence pour de nombreux musiciens.
Machine Head est un album mémorable, avec des morceaux bien construits, qui groovent (dans les années 70,
Ian Paice était un batteur d'exception), avec des refrains de qualité, comme ceux de Pictures Of Home ou ceux plus musclés de Space Truckin'. Mais Deep Purple sait également se montrer plus nuancé, comme sur Lazy, composition racée qui navigue dans des ambiances plus jazzy, propice à l'improvisation.
Avec ce disque, Deep Purple confirme son talent et prouve que In Rock n'était pas un accident. Qu'il a les moyens de faire aussi bien, sinon mieux. Les fans se déchirent amicalement au sujet du meilleur album entre In Rock et Machine Head. Ce ne serait se résumer qu'au Mark II. Mais si on pouvait reprocher à l'album taillé dans le roc son côté trop rugueux, on pourra faire valoir que celui-ci ne tient pas toutes ses promesses, qu'il lui manque une certaine dose d'énergie. Ce sera d'autant plus vrai quand on pourra comparer avec les versions présentes sur le mythique
Made In Japan. Il n'empêche, Machine Head est un classique du rock, un des albums à écouter absolument.