Décidément, avec
Ritchie Blackmore, la migration des musiciens est un phénomène naturel que l'on peut observer sur presque tous les albums. Mais contrairement aux oiseaux, ils ne reviennent pas, ils sont simplement remplacés. En l'occurrence, ce sont
Bob Daisley,
David Stone et surtout,
Ronnie James Dio qui bouclent leurs valises après un
Long Live Rock'N'Roll chargé d'un parfum de changement. Pour les remplacer, Blackmore fait dans le lourd :
Roger Glover à la basse, son ancien collègue de
Deep Purple qui, ne faisant pas les choses à moitié, produira également ce Down To Earth. Aux claviers, c'est
Don Airey qui arrive. L'homme a déjà un sacré bagage au sein de
Colosseum II et il ne peut faire que du bien à Rainbow après le passage de Stone. Quant au chanteur, il s'agit de l'ancien
Marbles,
Graham Bonnet. Ce dernier possède une voix puissante, quelque particulière. Il n'y a pas cette grandeur que l'on retrouve chez Dio, mais il n'en demeure pas moins efficace et convient parfaitement au style que cherche à atteindre Blackmore.
Sans Dio, les textes prennent une tournure plus terre à terre. Ne jouons pas sur les expressions : ici, on est plus dans le registre de la fantasy, le chevalier n'a plus besoin de occire le dragon pour s'envoyer la princesse, les paroles sont ancrées dans la réalité et parlent de choses plus banales. Du coup, il y a nettement moins d'envolées lyriques et épiques que par le passé. De ce point de vue, Down To Earth se présente comme l'antithèse d'un
Rising. Pourtant, on trouve de nombreux motifs de satisfaction.
Comme sur
Long Live Rock'N'Roll, les morceaux sont plus courts, plus directs. Les sonorités FM se font plus présentes, comme sur les sympathiques All Night Long et Makin' Love (sur cette dernière, on constate que les claviers sont bien plus riches et travaillés que sur le précédent album) et le groupe se fend également d'une superbe reprise de
Russ Ballard Since You Been Gone, qui deviendra un classique pour Rainbow. Mais Blackmore ne coupe pas tout à fait les ponts avec le passé de son projet. Il y a d'abord ce titre épique, Eyes Of The World et ses sonorités galvanisantes, puis le bluesy Love's No Friend sur laquelle Cozy Powell livre une bien belle prestation derrière les fûts. Quant à Bonnet, il s'impose aisément, faisant oublier Dio d'un claquement de doigt. On n'est plus au pays des fées et des lutins, mais la magie opère toujours, on est littéralement happé par cet album. Certes, ce n'est plus l'arc en ciel qui conduisait à des mondes enchantés, propices à l'imagination, mais Rainbow demeure très efficace. A tel point que le groupe assura la tête d'affiche de la première édition des Monsters Of Rock de Donington en 1980.
Malheureusement, il s'agit du seul album de Rainbow avec Graham Bonnet au chant. En effet, ce dernier montra bien vite des signes inquiétants d'incompatibilité d'humeur avec Ritchie Blackmore, ce qui au sein du groupe est toujours fortement rédhibitoire...