En 1992, Weikath déclarait à qui voulait l'entendre que le prochain album d'Helloween se voulait très ambitieux puisque chaque chanson devait se rattacher à un style différent, comme s'il s'agissait d'une compilation où une douzaine de groupes différents se côtoyaient. A une époque où les groupes comme Helloween étaient à abattre pour satisfaire la montée en puissance du mouvement grunge, c'était courageux.
Cette fois-ci, le groupe parvient à s'adjoindre les services de Tommy Hansen à la production et se permettent d'avoir Michael Wagener (
Skid Row) au mixage. Le nom de l'album définit l'essence même de cet album et de ce point de vue, on ne peut pas lui reprocher d'annoncer la couleur, contrairement à Pink Bubbles Go Ape.
Ingo Schwichtenberg et Markus Grosskopf :
La section rythmique d'Helloween n'a pas l'habitude de composer sur album (et quand on entend le I'm Doin' Fine - Crazy Man de Grosskopf on comprend mieux pourquoi) et se contente ici de faire son boulot et comme d'habitude, c'est bien fait. De ce côté là, pas de soucis.
Roland Grapow :
Lui qui s'était illustré en écrivant les meilleurs chansons du Pink Bubbles Go Ape se fait remarquer ici par sa quasi absence d'inspiration. I Don't Wanna Cry No More, dédiée à son frère décédé est agaçante, le chant de Kiske dessus est irritant, Crazy Cats est tout juste sympathique, Music est longue, dans un style variétoche américaine qui ne sied guère au groupe et Step Out Of Hell se contente de naviguer dans les méandres d'un hard FM sans grande originalité. Passé complètement à côté de son sujet, le guitariste signe toutefois de bons soli. Mais on est quand même déçu quand on sait que le monsieur est un grand fan de
Malmsteen et qu'il aurait pu apporter des morceaux plus heavy à l'ensemble.
Michael Weikath :
Capable du meilleur comme du pire, l'arrogant guitariste recycle un vieux morceau de 1985 non utilisé et First Time déboule comme à la grande époque, avec des sonorités proches du Keeper II (la prod de Tommy Hansen se justifie rien qu'ici) et en faisant abstraction des paroles, on passe un très bon moment. Mais surtout, Weikath s'illustre en signant le meilleur morceau de l'album, le fantastique Giants (allusion à EMI ?) et sa guitare syncopée, limite thrash, qui laisse sa place à une mélodie plus pop sur laquelle Kiske fait exploser son talent de chanteur. Un ilot de bonheur. Mais Weikath se fait également remarquer en signant Windmil, une espèce de comptine sirupeuse. Souvent désigné comme point d'orgue du mauvais goût pour cet album, je n'irai pas jusque là, y a pire (oui !). Revolution Now, elle, se teinte de sonorités psychédéliques, avec un son vintage, mais elle est bien trop longue pour ne pas lasser avec son solo à rallonge... Dommage, le matériau de base pouvait laisser espérer du bon.
Michael Kiske :
Le cas Kiske... Embrigadé dans une espèce de secte, le chanteur se laisse aller à des idées bizarres et se sent obligé de signifier sa foi un peu partout. Il y a d'abord When The Sinner, chanson pop travaillée, avec cuivres, qui est franchement sympathique, mais à l'opposé du style Helloween. Puis il y a In The Night, atroce (là, on touche le pompon question mauvais goût). Alors on reste scotché devant l'épique I Believe très bien construite, un des meilleurs morceau de l'album où Kiske le dit : il believe et ça va chier si tu l'en empêches. Enfin, Longing est une ballade très réussie, intimiste, où la voix du chanteur fait merveille.
Quid du Chameleon ?
Le problème principal est le manque d'unité : Grapow, Weikath et Kiske se sont partagé le boulot, certes, mais pas dans des conditions très saines. L'ambiance était à "que personne ne touche à MES morceaux" et le résultat est un Chameleon qui prend l'eau de toute part puisque personne ne disait quand cela n'allait pas. Les musiciens ne sont pas les seuls à être montrés du doigt : Michael Wagener, habitué aux productions américaines des années 80, n'a pas réussi à donner le mordant nécessaire aux compositions de cet album. Avec plus de caractère dans le mixage, l'album aurait-il été meilleur ? Peut-être un peu, de quoi le monter au niveau d'un Pink Bubbles Go Ape... Weikath dira souvent par la suite qu'Helloween aurait du changer de nom à ce moment là pour Elvis Kiske And The Potatoes. Aussi le guitariste ombrageux prit la plus courageuse des décisions : virer Kiske au terme d'une tournée catastrophe, un Michael Kiske dont la voix d'or était la grande force d'Helloween à ce moment là, mais dont le caractère et les croyances étaient l'une des plus grandes faiblesse. Pour ça, il fut haï par de nombreux fans qui n'acceptèrent jamais
Andi Deris. Ingo Schwichtenberg, victime de sa consommation de drogues (il ne terminera pas la tournée Chameleon), sera remplacé par
Uli Kusch (ex
Holy Moses et...
Gamma Ray !).