Quand on se penche sur la bio de ce jeune groupe parisien, on apprend que les influences s'orientent vers
Opeth,
Dimmu Borgir ou encore
Anathema. Quand j'ai vu la pochette, j'ai songé à
Ram-Zet pour les couleurs passées, l'aspect torturé et le concept qui se cache derrière. Et en définitive, il n'y a rien de Ram-Zet là-dedans. Et même si je reste admiratif du travail des Norvégiens, celui des Français est loin d'être inintéressant.
Un peu plus tôt, on parlait d'Opeth. Il est évident que la bande à
Mikael Åkerfeldt a beaucoup compté pour les membres de
Lyr Drowning. On en retrouve des traces dans des compositions souvent longues, imposante de force et de mélancolie, où les parties acoustiques se mêlent à d'autres, plus électriques. Parfois en succession, d'autres fois en superposition à la manière d'un
Anathema. Lyr Drowning se lance dans des morceaux souvent complexes, habilement construits, qui dégagent de nombreux sentiments, colère, tristesse, désespoir. De temps en temps, le clavier vient plaquer des parties grandiloquentes, à la manière d'un Dimmu Borgir (The Awakening), la voix se fait gutturale ou écorchée (Pawn).
Le groupe se montre très éloquent dans les parties acoustiques ou calmes, là où il peut vraiment entrer dans l'introspection. Ainsi, un titre comme Substitutes est un petit bijou, lancinant, presque douloureux, violemment couplé au brutal Pawn. On passe d'un état quasi dépressionnaire, douloureux, à une rage froide. Un contraste saisissant, qui n'est pas un cas isolé. Lyr Drowning aime ce genre d'opposition, il en fait même l'une de ses spécialités. On retrouve ce clair obscur sur le diptyque Man On Decline. La première partie est somptueuse, avec ses guitares doucereusement softs, limpides et mélancoliques. On est presque déçu quand arrive sa suite, sèchement électrique. Mais le couple fonctionne ainsi, avec ses parts d'ombres, ses colères, sa complémentarité.
On peut également s'attarder sur le beau Next Helpless Days, véritable morceau de bravoure de cet album (autoproduit). Sur plus de onze minutes, l'auditeur vit l'équivalent musical d'un voyage astral mouvementé, entre le rêve et d'autres nuances du songe, proches du cauchemar sans l'être. Une expérience quasi métaphysique.
On peut reprocher à Lyr Drowning de ne pas avoir totalement dirigé ses influences (l'ombre d'Opeth plane vraiment sur Blind From Birth), des vocaux typés black qui n'apportent rien, qui sont en trop, le chant clair se montrant bien plus convainquant. Mais le groupe prouve que la scène française est loin d'être muette et qu'elle sait se montrer ambitieuse. En gommant quelques défauts, il est fort à parier que Lyr Drowning saura s'imposer, et pas que sur le plan national.