Dynasty était surprenant à plus d'un titre. Entre le hit discoïde I Was Made For Lovin' You et une direction artistique qui n'a pas fait l'unanimité,
Kiss ne s'est pas fait que des amis et ne s'est pas montré rassurant pour les fans. Aussi c'est avec une certaine anxiété qu'était attendu ce Unmasked.
Déjà, il y a cette pochette, signée Victor Stabin, dans un style comics assumé. On est alors renvoyé à l'époque de
Destoyer ou de
Love Gun avec le trip super héros. Ici, on peut penser à une face Clark Kent, une autre Superman, avec la volonté d'un journaliste de faire tomber le masque, comme le Joker veut montrer le visage de Batman au monde. Pouvait-on espérer un retour à un style plus radical de la part du Baiser ? Malheureusement, le nom de Vini Poncia, déjà responsable du son de Dynasty, s'affiche en lettres capitales au verso de l'album. Pourquoi avoir reconduit ce producteur surtout que, s'il est mentionné, le batteur
Peter Criss ne fait plus parti du groupe. C'était lui qui avait amené Poncia, mais ce dernier ne disparait pas avec lui. Les autres membres avaient-ils encore dans les narines l'odeur des billets verts rapportés par I Was Made For Lovin' You ?
Shandi est un peu le hit par défaut de cet album. Composition pop au possible, d'une démarche commerciale alors honteuse pour Kiss (il feront pire par la suite), avec un joli refrain pour émouvoir la ménagère de moins de 50 ans, on a du mal à imaginer que le même groupe proposait God Of Thunder quatre ans plus tôt. Une formation à deux visages. Et ce visage-ci peut se montrer séduisant, mais il ne parviendra pas à satisfaire les fans les plus exigeants. Le problème principal est la production aseptisée... qui convient à merveille à l'ambiance générale, légère, de ce disque. Un son et un mix plus heavy n'en aurait pas fait un chef d'oeuvre. Au moins Kiss ne se trahi pas plus que cela et reste cohérent avec ses compositions. Du coup, on se retrouve avec un hard pop aux refrains souvent mous du genou (Naked City), avec des sonorités sucrées écoeurantes (She's So European).
Poncia s'incruste sur pas moins de huit morceaux, imposant sa vision des choses ;
Gene Simmons semble avoir la tête ailleurs et manque cruellement de mordant,
Paul Stanley virevolte au gré de sa fantaisie, tour à tour léger (Shandi, Easy As It Seems), parfois plus rock dans l'esprit (What Makes The World Go 'Round) avec des refrains entraînants, mais des chansons aussi énergiques qu'une guimauve abandonnée au soleil. Seul
Ace Frehley semble garder une optique rock, mais même lui parait fatigué. Si Torpedo Girl ou Talk To Me sont sympathiques, on est loin des grands standards qu'il est capable de composer. Du coup, on se retrouve avec un album trop policé et surtout, sans inspiration. Kiss cherche à glaner quelques dollars facilement en recyclant les idées de Dynasty, mais sans réel génie. Et autour de lui, de nouveaux groupes émergent, comme
Van Halen, le détrônant insidieusement.
Pour la première fois depuis
Dressed To Kill, un album de Kiss n'est pas certifié platine aux USA. Le groupe assurera tout de même une longue tournée européenne et australienne, présentant au monde le remplaçant de Peter Criss :
Eric Carr, The Fox. Puis les têtes pensantes se mirent à réfléchir à l'envie de revenir à un style plus percutant, pour retrouver les fans perdus durant cette période commerciale. Mais ce ne sera pas pour tout de suite.