Cela a l'air surprenant. Oui, une chronique de Gossip, un groupe de rock indé ricain orienté
riot grrrl, sur un webzine metal. Entre
Slayer et
Saxon, Beth Ditto, son exubérance, ses tatouages et son homosexualité revendiquée. Eh bien, elle y a sa place, non pas parce que Gossip fait du metal, mais parce que point de vue qualité musicale et sérieux, il y a de quoi en remontrer à pas mal de chevelu.
Car ce petit Standing In The Way Of Control est un régal. A la première écoute, ce qui frappe, en plus de la voix de Beth Ditto, c'est une batterie (elle est facile, je sais...) qui envoie le pâté. C'est le premier album de Gossip avec Hannah Blilie à la batterie, et elle donne tout ce qu'elle a. Des rythmiques punk rock assénées avec entrain, qui donnent envie de taper furieusement du pied, voire du poing, voire de tout son corps, sur des chansons qui pourtant ne sont pas nécessairement des déchaînement de violence. Voilà qui est curieux.
Mais ce qui marque surtout, l'identité de Gossip, c'est Beth Ditto. Provocatrice, pas toujours juste, mais toujours touchante et habitée, c'est véritablement elle qui incarne Gossip. Tel un mur de son, elle vit chaque chanson. Sur Fire With Fire et la chanson titre, elle semble vouloir jouer entre rock et soul, éclipsant les guitares. Mais à partir d'Eyes Open, elle révèle que si elle place Billie Holiday, Tina Turner et Aretha Franklin dans ses influences, elle aurait aussi pu y ajouter Iggy Pop ou Joan Jett. Dans Eyes Open donc, mais aussi Holy Water et surtout Yr Mangled Heart et Listen Up!, elle passe d'un chuchotement presque tendre à des envolées rock'n roll énervées qui rappelle un Iguane très jeune. Oui, Yr Mangled Heart rappelle, en plus dansante et soul Dirt: même douceur qui cède la place à un chaos total et étrange (la ressemblance avec Iggy ne s'arrête pas là: Beth a aussi repris I Wanna Be Your Dog et ses prestations scéniques n'ont rien à envier à celle du chanteur des Stooges).
Gossip étant un trio, on semble en avoir perçu les deux tiers. Mais où est la guitare ? En arrière. Parfois on croit presque à un ensemble de cuivre Motown. Mais au fil des écoute, il apparaît que Brace Paine a fait le choix de la furtivité, ce qui donne à Standing In The Way Of Control des accents discos. Et ce n'est pas franchement dégueu ! On pense un peu à I Was Made For Loving You, pour ce disco rock maquillé. Avec un peu plus de sobrieté chez le trio indé que chez les quatre clowns fardés de
Kiss.
Gossip, ce n'est pas du metal. Mais il faut l'écouter quand même. Standing In The Way Of Control est loin des CD pop rock calibrés qu'on a essayer de nous refourguer depuis que les White Stripes font un carton. Non, c'est du glam généreux et provocant, c'est un groupe mené par une nana qui en a, c'est du punk parce que ça emmerde les bien-pensants. C'est du bruit et des mélodies entraînantes, de la fureur et de la douceur. C'est comme si une infirmière plantureuse et tatouée réveillait David Bowie avec un défibrillateur.