La traversée du désert, vous savez ce que c'est ? Et par traversée du désert, je ne parle pas d'un quelconque Paris-Dakar (qui passera de toute façon par l'Amérique du Sud...), mais de celle qui fait mal aux miches quand on s'assied, celle qui ressemble à un furoncle mal placé, celle qui fait peur. Non ? Dans ce cas, je ne peux que vous conseiller la biographie sonore Pink Bubbles Go Ape et sa jumelle, Chameleon, d'Helloween. Le même groupe qui avait connu la gloire avec les Keeper Of The Seven Keys et qui s'était inéluctablement enlisé par la suite, se mettant les journaux spécialisés et surtout ses fans à dos, un cauchemar pour un groupe auquel on prédisait un avenir à la Iron Maiden. Bon, maintenant que j'ai écrit l'amorce pour le prochain Saga de Flavie Flament, je peux parler de Master Of The Rings.
Enfin, pas immédiatement. Quand Weikath a décidé de se séparer (et pas à l'amiable) de Kiske, le nom d'
Andi Deris a vite circulé. Andi Deris, frontman du groupe de hard US
Pink Cream '69, fan de
Kiss et de
Paul Stanley en particulier, ce chanteur avec une voix éraillée très particulière et grand ami de Michael Weikath. Ce n'était pas franchement rassurant. Mais une chose est certaine, Deris est avant tout un fan d'Helloween et cela se ressentira tout le long de sa carrière couleur potiron ; l'argent n'était pas un leitmotiv vu le gouffre des deux derniers albums studio. Quant à Ingo Schwichtenberg, il sera remplacé par un ex-
Gamma Ray,
Uli Kusch, un Kusch qu'un Kai Hansen avait déclaré démissionnaire du Rayon Gamma car il aurait voulu refaire du thrash. Mouais. On évoquera plutôt une incompatibilité d'humeur...
Viré de chez EMI et signé chez Castle Communication, un label plus modeste mais faisant d'Helloween une priorité, le groupe s'attèle rapidement à l'enregistrement de Master Of The Rings avec pour mot d'ordre : retour aux sources. Le résultat est en-deçà de ce que les fans les plus optimistes pouvaient espérer mais redonne espoir à ceux qui pensaient qu'Helloween ne pourrait plus se relever de la claque Chameleon.
Après une courte intro à la terminaison en -ion (comme à la grande époque des Initiation et autre Invitation), Irritation, le groupe déboule la grosse artillerie : Sole Survivor. Guitare tranchante, batterie énorme, comme jamais Helloween n'en eut de pareille, cris écorchés de Deris avant que le riff principal se mette en place, saccadé, limite thrash soft. Ceux qui appréciaient la pureté de voix de Michael Kiske seront intrigués voire dérangé par le chant plus sale, moins propre de Deris qui n'oeuvre pas dans les aigus absolus, une voix étrange et rapidement reconnaissable qui permet au groupe de se teinter d'un son plus heavy, plus en adéquation avec son époque. Where The Rain Grows suit le même chemin avec un riff en béton armé et une section rythmique monstrueuse et la voix de Deris commence à charmer.
Mais voilà, tout n'est pas de cet acabit sur l'album et sans réellement retomber dans des travers, le groupe n'est pas forcément très inspiré. Si la durée des soli a été revue grandement à la baisse, certains riffs sont parfaitement inoffensifs (Perfect Gentleman, THe Game Is On, Secret Alibi, le speed Still We Go), d'autrres sont des idées recyclées (Why ? était destinée à l'origine à un album de Pink Cream '69) et la cohésion en souffre. Passé les cinq premiers morceaux, le reste du disque s'essouffle petit à petit perd en intérêt.
Helloween n'est pas encore tout à fait guéri, il lui manque encore une nouvelle paire de tripes pour vraiment sortir un album efficace de bout en bout. Master Of The Rings marquera enfin une renaissance que les fans attendaient depuis 1991, même si d'un niveau qualitatif, l'ensemble reste moyen, excepté les deux perles de l'album citées plus haut.