Ritchie Blackmore n'était pas satisfait du line-up du premier album de
Rainbow, aussi il avait décidé de se refaire une équipe, ne conservant que le chanteur
Ronnie James Dio. Là, il s'entoure de parfaits inconnus comme
Cozy Powell (batterie),
Jimmy Bain (basse) et
Tony Carey aux claviers. Et on ne peut le nier, le guitariste est un sacré découvreur de talents. Ceux qui évoluaient dans l'ombre, loin des yeux du grand public, allaient se retrouver sous les feux de la rampe et éclabousser de leur talent ce Rising.
Six titres, ça semble court. A l'époque de sa sortie, quatre morceaux jalonnaient la face A du disque, deux la face B, pour une durée totale de 33 minutes et des poussières, ce qui était relativement courant à l'époque. La pochette, héroïque, laisse présager le meilleur, mais combien de fois a-t-on pu être trompé par une jaquette sémillante ? Combien de fois a-t-on été trompé par des considérations esthétiques qui ne se rattachent pas à la musique ? La méfiance peut être de mise. Si Blackmore n'est plus un inconnu, les autres n'étaient que de simples noms, Dio n'était pas encore le grand (!) qu'il est à présent.
Des nappes de clavier planantes ouvrent l'album. Puis la guitare de feu de Blackmore vient s'inviter à la danse, suivie par la voix majestueuse de Dio ; Tarot Woman est une composition épique et magistrale, magique. Chanteur agressif, électricité palpable, on tient là un grand morceau qui met en appétit. Tout est parfaitement en place, le groupe maîtrise son sujet et le prouve dès Run With The Wolf dans la même veine, ponctué par un très bon refrain. Le dialogue entre Blackmore et Carey renvoie à la grande époque de
Deep Purple, quand l'orgue Hamond et la guitare croisaient le fer. Mais ici, l'ambiance prend des allures chevaleresques, le son est plein, consistant.
Starstruck prend des allures plus rock'n'roll, mais sur des rythmes toujours enlevés. Dio s'époumone avec conviction, le tandem basse/batterie est absolument excellent dessus. L'homme en noir n'a plus qu'à placer ses riffs, complétés par un clavier qui sait s'imposer sans en avoir l'air. Un bon titre destiné à faire bouger les foules sur scène. En revanche, Do You Close Your Eyes, pourtant dans la même veine, est le titre le plus faible de l'album. Limite, ce ne serait que du remplissage, avec des paroles qui oublient le médévial fantastique pour aller droit à l'essentiel ("do you close your eyes when you making love") et qui en définitive n'apportent rien et font un peu déplacé par rapport au reste qui est d'un autre niveau.
A propos de niveau supérieur, Stargazer est un bijou. le genre de morceau fédérateur qui impose le respect, un titre qui inspirera de nombreux groupes. Sur une base légèrement orientale, le groupe accouche d'une composition épique, au refrain puissant. L'ensemble dégage beaucoup d'émotion, notamment lors de la reprise finale qui donne des frissons quand le Munich Phiharmonic Orchestra vient s'inviter. Jouissif, tout simplement jouissif. Huit minutes de pur bonheur, un délice aux connotations héroïques plaisantes. A Light In The Black est plus acéré, le riff de guitare est plus nerveux, agressif. Encore une fois, la dualité entre la six corde et les claviers est exceptionnellement riche. Cozy Powell et Jimmy Bain ne sont pas en reste, la section rythmique est tout bonnement excellente. Encore une fois, le final est tout bonnement explosif et le disque s'achève là-dessus. Presque brutalement.
33 petites minutes, c'est tout ce qu'il aura fallut à Rainbow pour écrire l'une des plus belle page du rock, pas seulement du metal. Une référence absolue du genre, une des meilleurs albums, si ce n'est le meilleur engendré dans le style durant les années 70. Que dire de plus ? Une merveille, tout simplement.