Six ans, c'est long. C'est à peu près le temps qu'un gamin passe en primaire, c'est plus long qu'un quinquennat, moins qu'un septennat. Par exemple, juste cinq ans séparent l'album
Metallica de
Load. Durant ces six années,
Dyslesia a vécu une période trouble, né d'un clash avec son ancienne maison de disque, XIIIbis Records (spécialiste du genre), le bassiste
Jo Loprete est parti, laissant sa place à l'éclectique
Sylvain De Nicola. Comme me l'a dit
Fabrice Dutour, certains membres se sont aussi coupés les cheveux, d'autres ont grossi. Une façon de relativiser cette absence avec humour.
Pourtant, il était attendu cet album. Pas par l'Europe, ni par la France entière, mais au moins par les fans Lyonnais qui ont déjà prouvé qu'ils étaient très fidèles à ce fleuron du heavy metal hexagonal. En plus, il avait été annoncé tôt, sur le DVD
Story And Live, Fabrice en parlait déjà. Mais tout ne s'est pas passé comme prévu et il y a eu des années de vache maigre, frustrantes, aussi bien pour les fans que pour les musiciens. Mais ces derniers n'ont pas abdiqué. Ils auraient pu, après tout, la situation a beaucoup changé depuis
Years Of Secret. Mais quand on a la foi en ce qu'on fait, il est hors de question de se ranger.
Du coup, on a l'impression d'avoir raté un album, un disque qui ferait la transition entre Years Of Secret et ce In Veins, Hearts, And Minds... tant le style du groupe a évolué. D'un côté, tant mieux. le speed mélodique tel qu'ils le pratiquaient au début de la décennie est doucement dépassé, mais un tel pas en avant reste remarquable. Dyslesia est dans l'air du temps, avec un heavy carré porté par une rythmique über efficace, limite thrash par moment. Les parties de batterie sont tout simplement énormes,
François Brisk ne se contente pas de placer des plans archi-usés, il s'éclate réellement à doper le son du groupe, lui donner une pêche terriblement contagieuse. Les compositions évoluent dans des mid tempos où la seule référence au passé restent les soli véloces et distingués de la paire Fabrice Dutour/
François Loprete. Mais là où Dyslesia surprend le plus est dans l'usage de samples et d'autres gimmicks plus électro comme des voix trafiquées ; ainsi l'excellent A Tale Is Done étonne avec son refrain tout en finesse porté sur l'électronique plus que sur les guitares.
Quant au chant de
Thierry Lebourg, on notera qu'il est tout simplement très bon. Il pousse de moins en moins, il ne cherche plus la note aiguë comme par le passé, il cherche à se poser directement, parfois avec une certaine agressivité relativement inédite. Face, par exemple, est une composition coup de poing (ça tombe bien !) où le chanteur s'illustre en jouant sur deux styles, l'un virulent, l'autre plus serein, quoique doucereux. Sur la ballade Where I Learn To Forget You, son chant est également très agréable, en adéquation avec la mélodie qui ne demande pas de montées dans les aigus irritantes.
On a affaire un un groupe plus moderne, plus compact, qui se défait de plus en plus des artifices pour en venir directement aux faits. Du coup, l'album est plus court que ce à quoi nous avait habitué Dyslesia, mais excepté peut-être le premier titre un peu décevant, il n'y a quasiment rien à jeter dessus. Un disque complet, qui ouvre de nouvelles perspectives pour les lyonnais... à condition de ne plus laisser passer six ans.