Avec
Master Of The Rings, Helloween s'armait d'un solide piolet pour commencer à remonter la pente du succès sans pour autant avoir les crampons qui vont avec : disque à la qualité en dents de scie mais avec une réelle volonté d'aller de l'avant en effectuant un retour en arrière dans la stylistique, Master Of The Rings permet au groupe de retrouver un peu de superbe après deux opus calamiteux qui avaient provoqué la ire des nombreux fans. Il ne restait plus qu'à retrouver la fougue et pour cela,
Andi Deris s'avère être providentiel pour Helloween.
L'année 1995 aura été entachée par le suicide d'
Ingo Schwichtenberg, batteur emblématique d'Helloween ayant officié jusqu'en 1993 derrière les fûts. Weikath jouera le mec blasé en avançant que cela ne l'étonne pas, que la consommation de drogues d'Ingo rendait cela prévisible et ne se fera pas vraiment aimer pour cela, même si le guitariste ombrageux cache ses sentiments. Rien ne sera dédié à l'ancien batteur, sinon l'album en une petite phrase sibylline. The Time Of The Oath sort après cette période de deuil.
Les fans avertis reconnaitront le gardien des clés sur la pochette qui, moderne, se passe des anneaux aux doigts plutôt que de se trimballer un pesant trousseau de clés. Car il ne s'agit pas ici de faire une suite aux glorieux Keepers, le groupe n'en a simplement pas les moyens ni la confiance pour. Mais Andi Deris sait très bien comment le groupe doit sonner et c'est un de ses morceaux qui ouvre les hostilités, l'énervé We Burn qui défouraille sec. C'est speed, c'est puissant, le refrain haut perché fait des merveilles mais que le son est crade ! Toujours produit par Tommy Hansen, le disque aura un son très sale, plein de crépitements qui gâcheront un peu le plaisir d'écoute.
Faisant abstraction de cela, les morceaux se succèdent avec entrain, volontiers rapides (Power, KIngs Will Be Kings), plus mid tempo (Steel Tormentor, l'écrasant Time Of The Oath qui clôture l'album), proposant parfois des structures inédites pour le groupe (Wake Up The Mountain et sa basse qui prend le devant, A Million To One). Il y a également quelques râtés (le long Mission Motherland qui reprend grosso modo le riff de Giants sur
Chameleon en plus heavy mais sans atteindre sa qualité, la ballade If I Knew, jolie certes, mais qui sonne terriblement datée avec son orgue Hammond digne de
Uriah Heep), ainsi que de sacrés réussites (l'excellent Before The War, signé Deris, qui s'apparente à un direct du gauche suivi immédiatement d'un upercut, The Time Of The Oath, étonnement sombre). Un ensemble qui fait de ce disque un album plus homogène que son grand frère et qui installe confortablement Deris au poste de frontman. Helloween sort la tête de l'eau, ce qui fera plaisir à certains. Ceux qui espéraient voir le groupe se noyer ne pourront que se lamenter : Helloween est alors sur une pente ascendante et ne cessera de la gravir jusqu'à retrouver sa superbe passée.