Autrefois
Pretty Maids était une armée brave, invincible, crainte, qui lorsqu’elle sonnait la charge aux sons tonitruants de cannons tel que Back to Back,
Red, Hot and Heavy, vestige de batailles épiques narrés sur l’excellente œuvre
Red, Hot and Heavy, faisait trembler les hordes de ces ennemis les plus vaillants dans l’œil desquels on pouvait lire une indicible terreur. Après trois victoires éclatantes, la première ayant eu lieu en 1983 avec la sorties d’un EP aux six assauts plutôt prometteurs, la seconde en 1984 conté sous le titre de
Red, Hot and Heavy ; et la troisième, sans doute la plus audacieuse, la plus héroïque et mémorables, en 1987 raconté sous le titre de Future World ; il ne fallut à l’état major de
Pretty Maids qu’un seul combat perdu pour perdre ce royaume qu’il venait de conquérir à la force de sa musique initiatrice. Un sombre jour dans la vie de ces soldats, une déroute monumentale, un Jump the Gun à la stratégie douteuse et désastreuse, mélange acerbe de musique bien trop polie, fusion d’un Heavy-Metal bien trop édulcoré et d’un Heavy-Mélodique aux harmonies bien trop anecdotique. Il serait bien trop douloureux d’en rappeler ici tous les défauts. Des hommes se sont effondrés dans la poussière de l’oubli, certains s’en sont allés dignement, d’autres non. Ainsi tombé sur le champ de bataille Allan Dellong laisse son arme à quatre cordes aux mains de Ken Hammer. Ricky Marx et son arsenal à six cordes disparait définitivement. Phil More, vieux compagnon de toujours, est démobilisé au profit d’un Michael Fast derrière l’artillerie lourde de sa batterie anti-aérienne. Le cataclysme de la défaite totale était si proche, qu’il fallut même faire rempiler de vieux généraux tel que Flemming Rassmussen, qui naguère su trouver une production au son parfait, ou quasiment parfait, d’un mélange heureux. Le retour de l’homme qui donna ce son brut aux premiers albums de
Pretty Maids témoigne d’emblée d’une réelle volonté de la part du groupe de revenir puiser à la source d’une musique plus agressive, sans être dénué d’harmonie. Celle d’antan.
Dès le premier morceau, le corps meurtris, l’esprit aux abois, le doute alimentés par l’agonie,
Pretty Maids nous propose un Running Out tendu, et combattif. On sent que le groupe ne se laissera pas mourir sans jeter ses dernières forces dans ce qui ressemble fort à son ultime bataille, ou tout au moins à son plus important combat. Les attaques sont plus âpres, les guitares sont mises plus en avant et développent un son très rugueux, les claviers y sont si discrets et les prouesses techniques d’un Michael Fast, à l’évidence plus à l’aise que son prédécesseur, si nouvellement enthousiasmante ; qu’on y retrouve quelques peu le parfum suggéré, succincts, à peine évoqué, mais si doux de ces premières satisfactions offertes par un
Red, Hot and Heavy. Bien mieux encore, nourris de l’expérience acquise, le groupe réussis à intégrer dans ces titres le côté mélodieux de son Heavy très naturellement, rendant l’ensemble bien plus fluide, plus cohérent, plus homogène que sur son premier opus. En ce sens on peut rapprocher ce Sin Decade de
Red, Hot and Heavy par ce côté très cru qu’il reprend, et de Future World par cet aspect plus harmonieux, moins présent cependant et ce principalement à cause de la discrétion des claviers. Ainsi on peut donc dire que Sin Decade est un album proche de l’esprit de
Red, Hot and Heavy, tout en ne reniant pas les influences d’un Future World. Si les parties mélodiques restent importantes, elles ne sont pas toujours crée par l’ajout de synthé, elles le sont aussi par des changements de tempos judicieux, ainsi il n’est pas rare de trouver, au détour d’un Riff rageur, dans un morceau, des breaks plus lents, et plus intimistes où la voix de Ronnie Atkins se fait plus suave, où la musique s’adoucit, véritable transition construisant de manière très marquée le retour de propos plus belliqueux. Ca peut paraître anecdotique, mais c’est suffisamment nouveau dans la manière de composer de
Pretty Maids pour être souligné. De la sorte un Who Said Money, dont on pourra regretter le refrain un peu trop attendu, ou un
Nightmare in the Neighbourhood qui lui est exemplaire en ce sens, puisqu’il commence de manière très délicate, comme une ballade en quelque sorte, avant de s’emballer aux sons de riffs heavy mid-tempo, sont plutôt agréable à écouter.
Après trois morceaux n’amenant pas de nouveautés suffisantes pour espérer redonner tout son prestige au groupe, mais qui raisonnablement ont le mérite de le maintenir en vie; la bande à Ronnie Atkins parvient à élever considérablement le niveau au son d’un hymne puissant, rapide, où les hurlements gutturaux du chanteur, dans les refrains, sont simplement incroyablement admirables. De plus, fort de ce nouvel état d’esprit de composition, ce Sin Decade, nous propose un dernier break mélodique, avant que dans une apothéose de puissance le vocaliste ne rugisse une dernière fois dans un refrain final de toute beauté qui nous emporte définitivement. Ce titre est indubitablement à ranger au côté d’un Back to Back, Red Hot and Heavy, Yellow Rain et autre Future World au panthéon des morceaux inoubliables de ce groupe.
Il est essentiel de noter que cet opus marque le retour du chant plus nuancé de la part d’Atkins ; et d’un tempo nettement plus rapide dans l’ensemble, véritable tentative, peut-être désespéré, d’un
Pretty Maids au bord du gouffre prêt à tout pour relever la tête. Ce sont ces choix musicaux qui l’ont conduis à cette faillite. Il est bien évidement très difficile de trouver une position confortable sur le fil séparant d’un coté l’intégrité de ceux qui refuse de changer quoi que ce soit à leurs aspirations artistiques et de l’autre le manque de sincérité des autres qui acceptent de tout changer à chaque mutation. La vérité est sans doute composée un peu des deux états d’esprit.
Un Raise your Flag véloce dont l’intensité crée véritablement un sentiment d’urgence, de danger constitue une autre bonne surprise.
Pourtant si dans l’ensemble ce disque est plutôt bon, il n’est évidement pas exempt de tous reproches, ainsi on notera la ballade plutôt dispensable Know it ain’t Easy et un Please don’t Leave me, reprise de
Thin Lizzy plutôt indigeste. L’autre défaut, au delà des titres déjà évoqué, c’est une certaine uniformité, une certaine linéarité qui finis par faire grandir en nous une certaine lassitude. Un sentiment qui, heureusement s’estompe un peu grâce à un Healing Touch aux refrains mélodique plutôt réussis, et surtout grâce à un In the Flesh enlevé, et quelque peu atypique, qui apportent réellement une dernière bouffée d’air frais propice à faire définitivement basculer notre ressentis plutôt vers le positif et la satisfaction.
C’est au pied du mur, en proie à ses doutes les plus sombres, que l’artiste est capable de se transcender et de donner le meilleur de lui-même. Avec ce disque
Pretty Maids ne réinvente pas totalement sa musique, et ne parviens pas à retrouver la place qui était la sienne. Pourtant il fait preuve de suffisamment de talent pour nous proposer un album mordant, et nettement plus intéressant que le moyen Jump the Gun. Il s’octroie ainsi un sursis mérité, dont il saura peut-être profiter pour se rendre à nouveau captivant et essentiel. Mais rien n’est moins sûr.