Officiellement,
Queen est mort avec
Freddie Mercury et ce n'est pas la cohorte de best of, de lives ou même l'album posthume qui changeront quoi que ce soit à cet état de faits. Aussi, certains des fans les plus conservateurs ont vu d'un très mauvais oeil cette association du nom Queen avec celui, moins imposant, de
Paul Rodgers, excellent chanteur de rock qui a fait de
Free,
Bad Company ou
The Firm des combos à connaître quand on aime le hard rock gorgé de soul et de blues. En 2004, cette mouture fait une tournée qui honorera la France pour un show exceptionnel, sous la dénomination
Queen + Paul Rodgers même si les esprits chagrins regretteront l'absence du bassiste
John Deacon, qui deviendra malgré lui la "voix de la raison" des opposés à ce projet. C'est pour ça qu'il est bon de rappeler que Freddie Mercury et Brian May étaient fan de Free et de son chanteur.
Et ce groupe ne s'appelle donc plus Queen. Il n'y aura plus jamais d'albums sous ce seul patronyme. Sans Mercury, cela n'a plus d'intérêt. Mais travailler avec Paul Rodgers est un plaisir pour
Brian May et
Roger Taylor ; un single, Say It's Not True, saluera la lutte anti-sida de Nelson Mandela, une ballade à trois voix dont la montée en puissance est tout bonnement irrésistible. Et depuis le 15 septembre, ce Cosmos Rocks.
Pour apprécier pleinement cet album, il faut absolument faire abstraction du nom Queen, même si l'on reconnait ça et là des grigris chers à Brian May. Paul Rodgers apporte sa touche. L'héritage de Free et du regretté
Paul Kossof plane sur cet album, on retrouve des ambiances soul qui viennent gentiment vous caresser les tympans. Un disque de rock comme il ne s'en fait plus, accouché par trois légendes du genre.
Paul Rodgers, les plus jeunes ne connaissent certainement pas. Le monsieur avait la réputation d'avoir l'un des plus beaux organes du genre dans les années 70 et ici, il le prouve parfaitement. Il suffit de s'attarder sur le sublime Time To Shine pour se rendre compte qu'il a toujours du coffre. Mais il sait aussi s'imposer avec classe sur les morceaux plus rock du répertoire, comme ce Cosmos Rockin' pas prise de tête, ou le single C-lebrity, non dénué d'humour, qui met le doigt sur un travers de la société moderne, celui de vouloir s'imposer à la télé même dénué de talent. Le chanteur se déchire également sur l'énorme Voodoo, où il complète à merveille le guitariste...
... Guitariste qui n'est pas en reste. Entre son solo à la Chuck Berry sur Cosmos Rockin', résolument rock'n'roll, le riff heavy de Warboys hanté par l'esprit de son ancien groupe, le clin d'oeil au vieux Queen en introduction du guilleret Surf's Up... School's Out, Brian May transpire la classe sur cet opus, il n'a pas perdu son extraordinaire toucher avec les années. Il est toujours aussi précis, les émotions sont toujours là, comme le plaisir.
Quant à Roger Taylor, il livre une prestation tout à fait honorable, qui enterre toutes celles qu'il a pu faire dans les années 80, s'illustrant même sur Warboys ou sur Still Burnin' (avec son clin d'oeil à We Will Rock You). D'ailleurs, en l'absence de John Deacon, les parties de basse ont été enregistrés par Taylor et May.
Malgré des choeurs très appuyés et dans l'esprit du passé, malgré des sons qui rappelleront à beaucoup des souvenirs, cet album n'est ni nostalgique, ni un véritable album de Queen, n'en déplaise aux réfractaires, mais bien une oeuvre signée Queen + Paul Rodgers et ça a toute son importance. Un disque de rock, parfois mâtiné de hard, avec une bonne dose de soul et de blues, un vrai disque de musique fait par de grands noms et avec une passion toujours intacte. A découvrir ou à honnir, mais certainement pas à ignorer.