Souvent, dans le metal, des adjectifs aussi gracieux que "pédé" ou "tantouze" (à rajouter à "groupe de" ou "musique de" indifféremment) soulignent le manque d'appétit de la gent métallique pour des musiques ne correspondant pas à des critères de virilité parfois absurde. C'est d'autant plus savoureux que peu semblent avoir compris le potentiel que possède la pochette d'
Into Glory Ride comme éventuel bannière de la gay pride. Dans le monde du metal, on est pas à un paradoxe près. Et ces préjugés sont récurrents quand on parle de
Marilyn Manson. Avec aussi l'accusation infondé d'être un suppôt du national socialisme. Cependant on pourrait aussi lancer de tels soupçons sur le Black Metal, avec Godseed pour le côté gay,
Darkthrone pour le nazisme, et
Burzum pour les deux. Mais trêve de digressions, venons en au sujet :pour une fois,
Marilyn Manson prêtera le flanc à raison à une partie de ces idées reçues, en se dépeignant en diva transexuelle/homo/extraterrestre, le nez dans la neige, les yeux plein de paillettes et Bowie au dessus de la tête.
Car soyons bref, soyons clair: l'indus trash d'
Antichrist Superstar n'est plus. Le côté gothique et agressif d'Hollywood n'est pas encore là. Brian Hugh Warner nous fournit un rock électro, un peu glam, pas du metal. Pour l'occasion, comme je l'ai écrit plus haut, il s'est grimé en Omega, une star extraterrestre , utilisée par l'industrie de la chanson, broyée par le rêve doré et toxique de la Californie. Quoi, cela vous rappelle le fameux Ziggy Stardust, de Bowie ? Mais c'est tout naturel, ce disque, c'est (entre autre) un hommage au glam et à ses ambiguïtés. C'est aussi une vision dénuée de toute joie à l'égard de l'humanité: de nombreuses ballades apocalyptiques émaillent cette galette, plus que des brûlots saturés. Une impression d'
autodestruction fiévreuse et endiablée, avec milles compères aux moeurs légères et aux goûts éclectiques, tant en matière de musique que de sexe, plane sur ce disque. Allez, une référence, au hasard, histoire de surprendre: Pink Floyd. En effet, sur The Speed Of
Pain, des choeurs rappelant furieusement Dark Side Of The Moon (notamment Speak To Me) s'incruste, derrière une voix et une guitare pour le moins désabusés. A ce bal des fantômes, il convient surtout d'inviter le glam, tendance T Rex, mais en moins sautillant. La rage de Children Of The Revolution ne déparerait pas vraiment sur
Mechanical Animals, même si les emprunts ont été fait en priorité dans la garde robe. Ce feeling glam rock, cette androgynie assumée, voire l'assumation d'une vie déviante, de junkie prostituée (et qui en plus aimerait ça) est plus qu'un leitmotiv, c'est quasiment le concept de l'album. Les paroles de The
Dope Show sont édifiantes de ce point de vue là ("cops and queers"...) ou User Friendly, qui sonne comme la confession d'une groupie.
L'autre aspect de
Mechanical Animals, c'est ce côté "monde fait de drogue". Presque littéralement. Il en est question tout le temps ou presque, comme s'il s'agissait à la fois de nourriture, de médicament, de divin nectar ou de moyen de se suicider...Et comme avec la drogue, on commence bien, défoncé, les effets se faisant sentir au cerveau, pour finir par s'en dégouter, comme avec un sale goût dans la bouche...L'envers du décor du L.A. des 70's, scène supposée du crime ? Ce fut aussi la capitale de la consommation de cocaïne à cette époque là, parlez-en à Martin Scorsese... Et tout finit, comme après une fête trop arrosée, dans d'amers relents de vomi, d'urine et de mort. Malgré toute cette décadence, tous ces compagnons de débauches, Omega, l'alter ego de Manson pour ce disque, termine audiblement lamentablement. Ce n'est pas un hasard si les trois dernières chansons du disque sont des chansons plus calmes mais néanmoins peu réjouissantes...Une valse sombre, un tableau pessimiste et une ballade dépressive.
Mechanical Animals aurait aussi pu s'appeler "The Rise And Fall of Omega, used and abused by the entertainment industry of California".