Passer de l'excellent
Rising à ce Long Live Rock'N'Roll peut faire un choc. On sait pertinemment qu'on a toujours à faire au même groupe, on ne peut empêcher la déception de venir s'inviter à la danse. Déjà, on notera que deux membres sont partis et que les rapports du mercato ne sont pas vraiment favorables à Rainbow. Si le remplacement de
Jimmy Bain par le futur
Ozzy Osbourne,
Bob Daisley à la basse n'est pas de nature à choquer, celui de
Tony Carey par
David Stone ressemble à l'équivalent musical de la Bérézina.
Pourtant, le disque se présente bien : production aux petits oignons de
Martin Birch, futur responsable du son des grands albums d'
Iron Maiden, ambiance très rock'n'roll sur l'ensemble de la galette, mais il manque un petit quelque chose. Le souffle épique qui caractérisait Rising peut-être, présent sur l'oriental Gates Of Babylon, morceau fédérateur qui aura son importance pour des générations futures de musiciens (
Kai Hansen,
Timo Tolkki pour ne citer qu'eux...) et de façon moins perceptible sur Lady Of The Lake. Certes, l'on retrouve avec plaisir Kill The King qui faisait l'ouverture des concerts de Rainbow en 1976/1977 et qui avait alors le statut d'inédit. Une version studio excellente, où le regretté
Cozy Powell fait parler la double grosse caisse, un titre réellement metal pour Rainbow. On peut également se réjouir de la délicate ballade Rainbow Eyes où Dio est impérial derrière le micro, porté par un ensemble de cordes et une flûte aux accents nostalgiques.
En revanche, les autres morceaux, courts et directs, ne sont pas forcément les plus motivants. Le clavier est pour ainsi dire inexistant, on ne retrouve pas la dualité avec la guitare de
Ritchie Blackmore qui était l'une des forces de Rising et dans une moindre mesure sur le premier opus. Autant dire que le cordon ombilical avec
Deep Purple est définitivement coupé, aussi bien dans le fond que dans la forme. Exit la grandiloquence passée, bienvenue dans l'ère d'une certaine forme d'efficacité. Si le titre éponyme qui sonne la charge a bien ce côté entraînant par son côté très rock justement, The Shed et Sensitive To Light n'ont pas la même aisance à s'imposer, le son virant même doucement FM sur la dernière citée, témoin insolant de l'orientation future de Rainbow. Quant à LA Connection, elle fait office d'ovni sur cette galette avec ses relents bluesy et son manque de pêche flagrant.
Long Live Rock'n'Roll n'est pas un mauvais disque. Blackmore a tenu compte de l'évolution musicale et a décidé d'écrire un disque plus simple, plus direct. Mais même en changeant de style, il parvient toujours à trouver l'étincelle qui fait de lui un pionnier du style, une référence : avec Gates Of Babylon et Kill The King, il offre au metal deux modèles standards à travailler et à retravailler sous toutes les coutures. Des tas de musiciens peuvent lui dire merci. En revanche, ce revirement de style aura raison de la patience du lutin
Ronnie James Dio qui s'en ira rejoindre
Black Sabbath. Pour Rainbow, c'est une nouvelle ère qui commence.