Quand
De Mysteriis Dom Sathanas sort en 1994, le disque est déjà culte. Parce qu'il est lié à une histoire sordide, qui en englobe d'autres, qui s'étend sur des années. Parfois, on remercierait presque les Norvégiens de n'être que cinq millions, même pas... Mais en dehors des faits et gestes des principaux acteurs de ce drame, il y a également une attente née de l'engouement porté au
Live In Leipzig, paru en 1993, malgré un enregistrement en 1990.
Dead portait bien son nom, il était mort, après s'être fait sauter la cervelle au fusil. Radical. Ceux qui ont eu la chance d'avoir la première édition de ce fameux
Live In Leipzig n'ont pu échapper au bonus track, une version de
Freezing Moon version studio, avec ce chanteur torturé au chant, difficilement supportable tant c'en était malsain.
Seulement, Dead disparu, il fallut trouver un nouveau chanteur.
Maniac fut écarté par
Euronymous car ce dernier, fan de
Tormentor, groupe hongrois dévastateur, et de son chanteur
Attila Csihar, a fait appel à ce vocaliste pour prendre la relève de Dead. Dégoûté par le décès de Per Yngve Ohlin (ou par la photographie prise de son corps par Euronymous ?),
Necrobutcher quitte le navire
Mayhem et il sera remplacé par
Count Grishnackh (mieux connu sous le nom de
Varg Vikernes), un fidèle d'Euronymous, son lieutenant et l'un des premiers à l'avoir rejoint au sein de l'Inner Circle.
La pochette représente le Nidarosdomen, l'une des plus importantes cathédrales de Norvège. Le duo Euronymous/Vikernes avait pour ambition de la ravager pour fêter la sortie de l'album. Il faut dire que Varg est coutumier du genre, il a bien mis les cendres de la Stavkirke de Fantoft sur la jaquette de l'EP
Aske de
Burzum. Une église en bois typique de Norvège (et généralement très anciennes, des monuments historiques), à la quelle il avait mis le feu. Une provocation qui en restera (heureusement) là, Euronymous étant (malheureusement) assassiné par Varg. Là encore, les avis diverges, la vérité n'étant connu que de Vikernes. Mais ce meurtre "illuminera" encore plus cet album, entouré de légendes à l'authenticité parfois douteuse. La famille du guitariste aurait fait promettre au batteur
Hellhammer de retirer les parties de basse de Count Grishnackh mais ce dernier ne l'aurait pas fait. Rumeurs, suppositions ou vérité ? Hellhammer connait la réponse, mais est-il prêt à la révéler ?
Le folklore est bien en place, l'album est déjà un mythe lors de sa sortie. Et là, ceux qui se souviennent avec une terreur proche de l'excitation du traitement que Dead infligeait aux compos de cet album, que ce soit en live où sur la piste studio de
Freezing Moon perdent beaucoup de leurs illusions. La magie (noire, bien sûr) n'opère pas de la même façon. Attila chantant les textes de Dead, ce n'est pas ça. Surtout qu'Attila n'est pas aussi efficace qu'avec Tormentor. Ici, il déclame par ci par là, il vomit à d'autres endroits et l'ambiance qui aurait du être à proprement parler horrifique se teinte de ridicule.
Certes,
Funeral Fog et
Freezing Moon tirent toujours leur épingle du jeu, déversant leur noirceur, dégueulés des entrailles de l'Enfer, même si le MAL n'est plus le même, même si le fantôme de Dead n'est pas présent pour nous filer le grand frisson. On appréciera alors le jeu de Hellhammer sur
Pagan Fears, on frissonnera sur l'impensable
Life Eternal qui, pour le coup, est hanté par le suicide de Dead et enfin, on tremblera face au title track où les psalmodies de Attila prennent enfin tout leur essor.
Parce que l'on peut reprocher au disque une certaine redondance. Les blast beats de Hellhammer ne sont pas toujours bien amenés et on a parfois l'impression qu'ils sont surtout là pour cacher la pauvreté du jeu de guitare d'Euronymous. Si ce dernier avait fait quelques progrès depuis Deathcrush, la composition n'était toujours pas sa spécialité et elle ne le sera pour le coup jamais. Il est pourtant parvenu à rendre l'ensemble malsain, même si l'ambiance est en définitive très (trop) morcelée. Sans oublier une erreur de casting catastrophique pour remplacer Dead au chant (à moins qu'Attila ne se soit grandement foutu de la gueule du monde).
Paradoxalement, ce disque était à la fois culte et déjà dépassé au moment de sa sortie, bouffé par des élèves qui avaient dépassé leur maître. Car Euronymous avait montré la voie, et exhorté (menacé ?) les groupes de death norvégiens de suivre SA parole. A ce petit jeu, les plus brillants élèves furent
Darkthrone et
Emperor qui ravirent la couronne à Euronymous dont l'euvre, en définitive, se limitera à être un précurseur et un meneur de troupes, pour le meilleur et surtout pour le pire (cf les agissements de l'Inner Circle).
De Mysteriis Dom Sathanas reste donc une énigme. Si toutes les vérités venaient à éclater, il perdrait certainement de son aura culte. Sans être un mauvais disque, il n'est pas non plus à la hauteur de ce qui se faisait à cette époque. Inférieur aux élèves, juste entouré d'un brouillard de questions à jamais sans réponses...