Je ne sais pas combien de fois j'ai pu lire quelque part «
Betraying The Martyrs ça m'emmerde, chrétiens de merde, retournez faire de la Pop » mais croyez-moi, bien suffisamment pour penser qu'il y a là quand même un grave soucis logique. La critique doit être fondée sur autre chose que les valeurs véhiculées par une entité musicale, soit ici les croyances de ses musiciens et le choix d'une thématique et d'un message précis. On fustigerait des chrétiens qui font du Deathcore – chose encore plus hilarante si l'on regarde les formations intéressantes déjà existantes et chrétiennes – et pas des satanistes ou autres nazillons du dimanche ? Soyons raisonnable, s'il y a bien une critique qu'il faut formuler c'est sur les qualités musicales du groupe. Quelle idée saugrenue que de s'attaquer aux croyances de types qui jouent certainement suffisamment mal pour que l'on s'excite sur ce problème là. C'était justement le cas de plusieurs personnes raisonnables qui avaient descendu l'EP
The Hurt, The Divine, The Light, pour raison strictement métalliques. Il faut avouer que ce premier jet était mauvais, strié de clichés Crabcore et grand-guignolesque au possible avec son clavier sur-utilisé et son chant clair Emo insupportable. Des tendances que l'on ne retrouve qu'en partie sur ce premier album attendu semble-t-il au tournant par les excités de la fosse en mal de son qui tâche. Décryptage du Jesus style.
Les vidéos circulant sur le net ont certainement pu vous permettre de comprendre un peu dans quelle direction s'est aventuré
Betraying The Martyrs pour son premier album : un Deathcore qui envoie, plutôt bien burné et foncièrement taillé pour le live, en témoigne le tube « Martyrs », manifeste global de tout ce que
Breathe In Life peut proposer : du blast qui écrase sévère, des mélodies par moment bien trouvées et une forte propension à user du clavier pour des passages parfois inutiles et comiques tant ils sont pompeux (l'intro « Ad Astra » convaincra les réfractaires), et bien sûr un chanteur avec enfin une voix supportable, qui semble certes user à mort du mix pour gonfler sa puissance mais a le mérite de coller au style. Bien entendu, mister clavieriste Emo est toujours de la partie et ravira les minettes en mal de boy au grand cœur (le refrain de « Man Made Disaster ») tout en servant quand même parfois de bonnes parties à ses ouailles. Ce cocktail fait de
Betraying The Martyrs non pas un groupe novateur, loin de là, mais un groupe qui marche et marchera. Les riffs proposés sont avouons-le très efficace et il est plaisant de retrouver parfois certaines joyeusetés techniques du plus bel effet au niveau de la rythmique, qui changent du plom plom habituel et rappellent par instants
Xerath (le clavier conjugué) ou même
Meshuggah (le début de « Love Lost » excellent).
Ce que fait
Betraying The Martyrs a déjà été fait bien sûr, et la scène Metalcore chrétienne des States est là pour le prouver,
As I Lay Dying en tête. Les arrangements au clavier sont le petit plus certes, mais ne comblent pas amplement un manque d'originalité évident,
Winds Of Plague ayant intégré les siens avec bien plus de talent. Là où le groupe surprend, c'est dans des tentatives intéressantes Indus/Electro, sur « Liberate Me Ex Inferis », interlude vraiment terrible sur laquelle le groupe aurait dû davantage s'attarder afin de proposer des structures de morceaux plus atmosphériques et beaucoup plus personnelles et pas des morceaux aussi horribles que « Azalee », qui dynamite presque à lui seul l'album tant il se révèle niais au possible, au contraire de « Leave It All Behind », bien plus efficace dans son message semi-dramatique. Bref, sur un album entier,
Betraying The Martyrs ne réussit pas dans l'émotion mais bien dans le grattage de cordes et la tabassage de batterie vitesse grand V. Ce qui revient à dire que si vous n'êtes pas fan de l'écoute limitée dans le temps – faute de surprise à la réécoute – vous passerez aisément votre chemin et préférerez voir la bête sur scène, où l'album risque bien de prendre toute son ampleur.
Breathe In Life est en tout cas clairement meilleur que
The Hurt, The Divine, The Light, et sincèrement je n'y croyais pas.
Betraying The Martyrs fait preuve de maîtrise, et même si l'originalité n'y est pas et que l'ennui arrive rapidement, force est de constater que l'efficacité est de mise, et ce grâce à ce nouveau chanteur et à cette direction artistique qui place la culture du tabassage sur le trône céleste notamment grâce à un aspect Death plus assumé. Ajoutez à cela une production puissante – mais totalement américanisée et impersonnelle – et vous obtenez un premier album assez convaincant, qui aurait gagné à davantage d'expérimentations, entrevues sur « Liberate Me Ex Inferis », et clairement plus intéressantes que ce côté Emo qui ne passe décidément pas bien.