Les musiciens de
Marduk avaient la volonté de réaliser l'équivalent black metal du fameux
Reign In Blood de
Slayer. Soit. Tentation louable s'il en est. Mais ont-ils réussi à réaliser ce tour de force ?
Ce n'est pas franchement évident à définir. Le groupe s'enferme dans une voie jusqu'au boutiste, véritable ode à une brutalité sans compromis. Il était hors de question de créer des contrastes avec des passages plus mélodiques, plus calmes. Et c'est certainement sur ce point précis que le groupe a fait une erreur cruciale de jugement.
Revenons un peu à des considérations plus terre à terre. Marduk, depuis 1996 et son
Heaven Shall Burn... When We Are Gathered, était considéré comme une valeur sûre d'une certaine forme de black metal, volontiers brutal. Avec
Nightwing, le groupe montrait que l'on pouvait également compter sur lui pour des ambiances plus terrifiantes, dopées pour cela par un son plus lourd, plus malsain encore, comme en témoigne le très bon
Nightwing. Et là débarque ce disque, centré sur la guerre comme en témoigne le char d'assaut de la pochette. Un Panzer, ce qui ne manquera pas de faire polémiquer quant aux idéaux politiques des Suédois... Au sang succède donc la guerre dans toute son implacable violence.
Alors oui, il fallait un disque brutal, explosif, qui sent la charogne de tranchée pour exprimer cela, d'un ton toujours aussi haineux. Mais voilà, Marduk se conduit comme un petit garçon excité par un projet qui lui tient particulièrement à coeur et bastonne à tout va, au point de devenir assez rapidement saoulant. La faute à quoi ? Déjà, notons ces blast beats incessants, qui finissent littéralement par fatiguer l'auditeur. C'est simple, rythmiquement parlant, il n'y a que ça, mixé très en avant, au point où les guitares sont étouffées et ne délivrent pas toute leur rancoeur. Quant au chanteur, ce
Legion qui avait réalisé un excellent travail sur Nightwing, se voit ici contraint de calquer son chant sur les blast beats, perdant ainsi pas mal de sa capacité à s'imposer. Tout semble régit par la batterie et on étouffe rapidement. Il y a d'autres moyens de créer un climat de brutalité que l'usage systématique du blast beat, mais dans sa logique de destruction massive, Marduk n'y a pas songé, préférant banaliser la violence, la rendre à ce point commune que l'album en souffre. C'est extrême, mais ça manque soudainement d'intérêt. Beaucoup de bruit pour rien ? Y a de ça, surtout que l'ensemble devient du coup très vite, trop vite linéaire.
Les amateurs de brutalité seront ici servis, avec ce mélange de black radical et de bandes sons relatives à la seconde guerre mondiale, bruits d'explosions, placées ça et là pour renforcer l'esprit de guerre totale. Heureusement pour les autres, ça ne dure que trente petites minutes. Dommage pour Marduk, dont les bonnes idées se retrouvent très vite engluées au milieu de la déferlante. Pas forcément mauvais, mais certainement pas le chef d'oeuvre revendiqué.