Le all star band a toujours fait bayer aux corneilles. Qui n'a jamais fantasmé à l'idée de voir ces idoles coudes à coudes, sueurs contre sueurs, pour le plus grand plaisir de ces conduits auditifs. Sur le papier, la théorie est bigrement excitante mais, en pratique, cela l'est beaucoup moins ; la plupart de ces livraisons se révélant sans saveurs. Prenons, par exemple, la formation Insidious Disease dont le noyau dur voyait gravité autour de lui des membres de
Dimmu Borgir, de
Nile ou encore de
Napalm Death. Avec un CV pareil on s'attendait à prendre une énorme mandale, prêt à dégainer toutes les expressions forestières inimaginables (« ça poutre », «ça envoie du bois », « ça déracine »). Que nenni, son « ShadowCast » n'avait rien de transcendant et proposait un death metal old school loin des attentes espérées. Ici, il en sera de même.
Jugez vous même : Olof Mörck (Dragonland), Jake Lundberg (DreamLand), Andy Solveström (Cipher System) et Morten « le destructeur de fûts » Sørensen (The Arcane Order) se sont alliés pour essayer de déstructurer nos chères têtes pensantes dans un power/death mélodique à la silhouette moderne. Ajoutez à cela un ex-Engel et une chanteuse aux atouts physiques proprement ahurissants et vous obtenez là une belle brochette d'acteurs prête à en découdre.
Alors, pétard mouillé ou vrai coup de maître ?
Pour ceux qui avaient jeté un rapide coup d’œil au clip du single « Hunger », cela a peut être été un choc. Il faut dire que cette première esquisse se montrait relativement... comment dire... accessible. Pour tout vous dire, cela puait la démarche commerciale à 666 km à la ronde. Mélodie sirupeuse, envolées pop à s'arracher les cheveux, chanteuse maniérée proposant une chorégraphie digne de « Un, Dos, Tres ». Bref, pas si engageant que ça au premier abord.
Pourtant, la maîtrise technique des musiciens est évidente, la cohésion entre les membres est totale ( chacun apportant son timbre de voix quand il le faut) et le rendu sonore est tout à fait la hauteur. C'est de toute façon la norme en vigueur lorsqu'on sort de Spinefarm. L'expérience me l'a démontré à maintes reprises, il ne faut jamais préjuger d'un album sur la simple écoute d'un single passablement médiocre. Sauf qu'ici cette règle complètement fumeuse ne trouvera aucun écho, pas plus que la grande majorité des compositions. Les reproches concédés sur « Hunger » se retrouvent par extension sur la quasi-totalité de l'opus. La structure classique des morceaux (couplet hurlé/chanté + refrain repris en chœur) n'aide pas à faire décoller l'ensemble, les growls assurés par Andy ne servant finalement que de soutient au duo Jake/Elyse. A ce propos, celle-ci possède un joli timbre de voix, beaucoup trop axé pop d'ailleurs, qui la transforme en pseudo diva plagiant Céline Dion (la power ballade « Amaranthine »), ce qui a le don d'agacer fortement.
Néanmoins, tout n'est pas à jeter sur ce tout premier opus. « Call out my name » surprend même dans le bon sens. Rythmique entraînante, riffs quasi-dansants (!), clavier techno-dance à la limite d'un Attack Attack (!!), on est vite transporté vers un refrain catchy au possible. Cela fait mine de rien son petit effet et nous prouve que « Amaranthe », le groupe, est capable de nous servir autre chose que de la mélasse sonore indigeste. Autre point non négligeable, ce sont les solos de l'increvable Olof qui, sans être de la branlette de manche pure et dure, nous extirpe de notre torpeur abyssale (le sympathique « Act Of Desperation » et son refrain inespéré).
En définitive, suite à une déception à laquelle on ne s'attendait pas, on se dit que « Amaranthe », l'album, se prédestine à un public n'étant pas forcément issu de cet univers sombre et bellâtre qu'est le metal. Ultra accessible, terriblement basique dans son approche, l'opus subit les attaques du démon mainstream et ne se relève qu'à de rares occasions. Faites le écouter à votre mère, à votre grand-mère ou encore à votre chien et je puis vous assurer que demain ils chanteront vos louanges.