Marduk commençait sérieusement à tutoyer la gloire avec son magistral
Heaven Shall Burn... When We Are Gathered et le monstrueux live
Germania sorti dans la foulée. Le groupe se créé également une
Peter Tägtgren dépendance. Ce dernier a en effet été à l'origine du son de Heaven..., guitariste d'appoint lors du live et il n'est donc pas étonnant de retrouver l'homme des Abyss Studio au mix de ce Nightwing attendu comme le mes... euh... comme l'antichrist. Se sachant attendu au tournant, Marduk aurait pu se contenter d'utiliser la même formule faite de radicalisme et de haine barbare. Et pourtant, il joue gros en se risquant dans un concept album sur la vie réelle et tumultueuse de ce bon vieux Vlad Tepes, plus connu par les fantasticophiles sous le doux nom de Dracula (petit dragon, ou petit diable, en roumain).
Nightwing est ainsi coupé en deux chapitres bien distincts. Le premier, le
Dictionnaire Infernal, est dans le style brutal des Suédois, avec sa basse très en avant, ses blast beats sans concessions, développant une rage, une haine rares. Si l'intro représente le pire dont Marduk soit capable, la mauvaise impression de départ est vite annihilée par la puissance d'un
Bloodtide (XXX) qui remet les pendules à l'heure.
Legion ne fait pas de détail derrière le micro, il déverse sa bile comme d'autres roucouleraient leur amour. Marduk gagne en force, va encore plus loin dans la brutalité.
Of Hells Fire et
Slay The Nazarene poursuivent cette entreprise de démolition sans laisser à l'auditeur le temps de respirer. Ce déluge de violence est certes jouissif, mais également très fatigant. Et ça, le groupe l'a bien compris. Ce chapitre est court et laisse vite sa place à un interlude de choix.
Nightwing, la chanson titre, n'apparait bizarrement pas au recto de la pochette. Mais c'est pourtant la composition charnière de cet album. Long de près de huit minutes, on se heurte rapidement à un riff magistral, dans un esprit
Iron Maiden passé à la moulinette extrême. Dense, puissant, addictif, peut-être bien le meilleur titre de cette galette.
Le second chapitre,
The Warlord Of Wallachia, nous conduit dans le vif du sujet, avec des textes sans recherche stylistique, très bruts, mais chargés d'histoire, celle d'un Voivoid roumain qui s'était élevé avec cruauté contre l'envahisseur Turc. Le tempo se fait plus lent, le son devient plus compact, plus heavy. Cela reste haineux, sombre, malsain, mais Marduk agit ici comme un rouleau compresseur qui avance à son rythme, implacable.
Dreams Of Blood And Iron est une petite réussite dans le style. Le groupe prend une nouvelle envergure et poursuit sur sa lancée avec
Drakol Wayda, une autre perle de ce disque en noir. Mais Marduk n'en renie pas pour autant ses attitudes belliqueuses et nous rappelle que Tepes inspira également l'horreur à ses adversaires en faisant des forêts de pals sur lesquels des corps étaient fichés (il faisait d'autres trucs marrants, comme visser un couvre-chef sur le crâne d'un religieux...). Ainsi,
Kasiklu Bey (The Lord Impaler) nous ramène sauvagement à un style bien plus radical, digne du premier chapitre. C'est viscéral, on s'en prend plein la tronche, une autre réussite. Il convient également de mentionner la relecture de
Dema Quaden Thyrane, tiré d'
Opus Nocturne et qui bénéficie enfin d'un production le mettant en valeur.
Et le disque de s'achever sur
Anno Domini 1476, outro sous la forme d'une marche militaire sur laquelle la voix de Legion est lourde, chargée de menaces, avant que des chants traditionnels n'aient le mot de la fin. Et en définitive, il reste cette envie de revivre l'expérience, de rentrer à nouveau dans ce Nightwing sombre, torturé et riche. Un très bon album, plus heavy que franchement rapide, un petit classique du genre.