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Chronique de 777 Sect(s)

Blut Aus Nord  - 777 Sect(s) (Album)

Et tu poseras la première pierre...



La créativité de Vindsval est sans limite, son besoin de transmettre est viscéral et ses turpitudes spirituelles sont toujours aussi insondables pour nous autres mortels. Comme Lovecraft en son temps, Vindsval semble être la proie de cauchemars qu’il retranscrit encore et toujours en cherchant à atteindre l’exacte précision de ce qu’inspirent ces abominations confinées dans les gouffres impénétrables, aux extrêmes limites de l’univers. L’homme est un amoureux des mythes anciens, dans leur forme magique, épique tout d’abord ; mais il est aussi un praticien de l’Art Noir, celui-là même qui se fait le messager spirituel de la négation de tout, de la création nouvelle, du concept moderne de Satan – le transgresseur – et des turpitudes infernales qui alimentent l’esprit de l’Homme jusqu’à en faire un animal soumis aux instinct les plus troubles. Avec 777 Sect(s), Blut Aus Nord amorce une trilogie placée sous le signe de la déchirure qui s’effectue dans le cœur de l’être humain, et qui conduit à une synthèse nouvelle, située Par delà le Bien et le Mal.

Nouvelle pièce sur l’échiquier du maître, 777 Sect(s) est une œuvre une nouvelle fois complexe, qui atteint des sommets en matière d’émotions et renoue avec les expérimentations amorcées sur le mythique The Mystical Beast Of Rebellion puis sublimées par un The Work Which Transforms God impérial. Plus proche du dernier que du premier, 777 Sect(s) est une plongée dans un abîme que l’on croit au départ sans fond, imagé par cette batterie sans cesse écrasante, marteau industriel qui forge des riffs aliénants et pratiquement désengagés de toute responsabilité mélodique dont « Epitome I » en serait l’archétype avec ses riffs volontairement laids. Une impression de chute, jusqu’à toucher la surface de l’eau, modelée violemment en des vagues qui propulsent le corps du bienheureux dans l’espace infini et insoupçonné, où la quiétude devient le terrain de divagations contemplatives et spirituelles, fortes en révélations émotionelles, comme sur la splendide « Epitome II », une des plus belles pièces de Blut Aus Nord, à placer aux côtés de « Procession Of The Dead Clowns » et dont la beauté des guitares évasives est sublimée par une force monolithique Doom et des chœurs tout droits sortis des plus belles parties du diptyque Memoria Vetusta, qui rendent le titre à la fois désespérant et seule lueur dans les ténèbres. Blut Aus Nord déjoue les habitués de son art et mêle deux ambiances en un essai à la schizophrénie suintante.

Le tableau dépeint par Vindsval et ses acolytes sur ce nouvel essai est donc délicieusement riche en couleurs éclatantes et ténébreuses. Les morceaux parmi les plus progressifs jamais composés par Blut Aus Nord témoignent de la capacité de la bête à surprendre, après tant d’essais excellents. « Epitome IV » est à ce titre le morceau le plus complexe de l’album – et l’un des titres les plus intéressants de toute la discographie de Blut Aus Nord - mais aussi le plus novateur par le groove inhabituel expérimenté sur les guitares qui se mêle à des solis bien plus enchanteurs, et rend le tout admirablement cohérent. On passe du rythme et du riff le plus poisseux et diabolique à une élévation émotionnelle inattendue en passant par des plans aux sonorités Indus marquées par ce jeu déstructuré caractéristique du groupe. Richesse deviendra certainement le mot qui vous viendra le plus souvent à l’esprit tant l’essai regorge de secrets à découvrir au fur et à mesure des écoutes. Tous les morceaux se rejoignent pour ce qui est d’instaurer une dynamique progressive, qui atteint son apogée lors de l’enchainement « Epitome V » - « Epitome VI », résumant à lui seul toute la cohérence de 777 Sect(s), dont le voyage amène vers ce VIème chapitre, du même acabit que « Epitome II » et qui fera certainement le lien avec le second opus de la trilogie de fort belle manière.

Tous les morceaux de cet opus deviennent donc sujet à dissertation, si l’on excepte « Epitome III », malheureusement trop classique pour surprendre face à des monstres consacrés comme « Epitome II » et « Epitome IV ». Blut Aus Nord assène une claque magistrale, que ce soit aux nouveaux arrivants dans son univers ou aux fans, car il ne propose pas une redite de son art mais évite le syndrome The Work Which Transforms God II en mêlant la force de son Black Metal le plus industriel et malsain (« Epitome I ») à son aisance mélodique via des soli et couleurs tout droits sortis des Memoria Vetusta et Odinist, jusqu’à proposer un passage Dubstep/Ambient, rejeton de Thematic Emanation Of Archetypal Multiplicity sur « Epitome I ». Symbole du mélange réussi opéré sur 777 Sect(s) : les chœurs, qui n’apporteraient pas cette ambiance si singulière à l’opus s’ils n’étaient pas antithétiques (chœur des damnés/chœur céleste paisibles et lacrymaux) et agencés sur les mêmes morceaux. Les dissonances restent de mise et se fondent derrière des rythmes inspirés, diablement osés et pourtant incroyablement efficaces (« Epitome IV » toujours). La voix de Vindsval disparaît presque à l’écoute de cette musique si bien construite, de cette progression impeccable ; et bien que toujours aussi prenante, elle demeure traditionnellement la même, mettant en avant les assonances en « s » comme si le plus fourbe des serpents s’adressait à vos oreilles, Melmoth libérateur du malheureux au fond du trou.

Annoncé comme le voyage le plus cauchemardesque jamais composé par Blut Aus Nord, 777 Sect(s) rejoint le travail de The Work Which Transforms God et dans une moindre mesure The Mystical Beast Of Rebellion. Pourtant, la définition attribuée est fausse, tant ce nouveau bébé des normands oscille entre rêverie lancinante, dépressive, et plongée dans un abîme sans fond. Le mélange stylistique de 777 Sect(s) surprend, déstabilise puis subjugue, jusqu’à nous faire relancer encore et encore l’abomination, comme un masochiste ou un drogué. La définition serait partiellement vraie dans cette ambiance dégagée par l’opus, qui fait espérer l’auditeur au travers de parties belles à en couper le souffle, jusqu’à le faire replonger dans le précipice d’où on l’a sorti sadiquement. Reste que la production, toujours fantômatique sur les guitares et mécanique sur la batterie, assure à 777 Sect(s) une clarté nouvelle, loin du macabre écrasement orchestré sur The Mystical Beast Of Rebellion ou de la bande-son du Inferno de Dante que serait The Work Which Transforms God. Certains la regretteront certainement et l’on peut d’ores et déjà dire qu’elle donne à 777 Sect(s) le titre d’album le plus abordable pour entrer dans l’univers de l’hydre. Malgré tout, on respire, on étouffe, on court dans l’immensité céleste puis l’on est cloisonné à nouveau, mais on en redemande toujours plus, signe que ce nouvel effort des français est une pépite d’Art Noir qui pose la première partie d’une trilogie dont on espère la suite meilleure encore.



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Commentaires


Quelle chronique magnifique... J'ai d'autant plus hâte maintenant ! Il me semble déjà entendre les harmonies résonner au loin... Merci Prom !
ven. 1 avril 11- 14:32  
Tu me touches Neptune merci beaucoup et j'ai hâte de pouvoir discuter avec toi de l'album!
ven. 1 avril 11- 14:37  


777 Sect(s) - Infos

Voir la discographie de Blut Aus Nord
Infos de 777 Sect(s)
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Sortie : 18 avril 2011
Genre : Black Metal
Label : Debemur Morti Productions
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Epitome I (07:57)à écouter en premierparoles de Epitome I
2. Epitome II (06:51)culte !culte !paroles de Epitome II
3. Epitome III (04:51)paroles de Epitome III
4. Epitome IV (11:52)culte !culte !paroles de Epitome IV
5. Epitome V (06:24)à écouter en premierparoles de Epitome V
6. Epitome VI (07:30)à écouter en premierparoles de Epitome VI
écouter : Ecouter l'album



Blut Aus Nord

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Création : 1994
Genre : Black Metal
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