Donner à un album, près de vingt ans après les deux premiers volets, le nom de
Keeper Of The Seven Keys peut s'approcher de l'hérésie la plus démoniaque dans l'esprit des fans les plus conservateurs. Les Keepers, ils sont au nombre de deux et le seul line-up autorisé, c'est Kiske-Hansen-Weikath-Grosskopf-Schwichtenberg. Alors quand le groupe annonce qu'il va en sortir un nouveau, ça fait jaser. parce que du line-up dit "magique", il ne reste plus que Weiki et Grosskopf.
Andi Deris a réussi à s'imposer, Gertsner fait encore office de jeune pousse et le petit nouveau
Dani Löble (ancien
Rawhead Rex) à la batterie n'a pas encore fait ses preuves au sein de la Citrouille. Du coup, le projet s'apparente vite à un coup commercial fumeux. En fait, c'est un risque important que le groupe prend. Le fait probable que les fans marquent leur mécontentement pend au dessus des membres telle une épée de Damoclès. On ne touche plus aux Keepers. Cette loi semble écrite sur les Tables des Commandements, juste en-dessous de "tu ne commettras pas d'adultère".
Mais Weikath et compagnie ne sont pas stupides. Enfin, pas trop. Ils comprennent très vite que de sortir un Part III les conduirait à leur perte. Mais la volonté de faire un Keeper est forte. Comme l'a souvent expliqué Deris dans les interviews, le line-up était selon eux assez fort pour se lancer dans l'aventure et ils se sont bien faits taxer de fous par Weikath lui-même. Mais en aucun cas cela ne pouvait être un Part III. Alors il s'agit de The Legacy, une aventure à part du Gardien des Clés. Cela reste risqué et le groupe s'attendait à une sacré opprobre de la part de leur public puisque Andi Deris annonçait avec malice que le prochain opus serait un
Chameleon Part II.
Précédé par le single
Mrs God qui n'était pas franchement représentatif du style (imaginez un titre de pop joyeux avec une partie de guitare un peu flamenco pour marquer la fin du solo de guitare), KOTSK The Legacy était déjà entouré d'une aura de mystère. Bien sûr, il y avait ce titre,
The King For A Thousand Years, qui complétait le single. Un morceau épique, long de 13 minutes, heavy à souhait. On est loin du son prévisible de
Rabbit Don't Come Easy. Helloween a décidé de faire un compromis entre un classicisme qui allait les conduire à une régression importante et une modernité de bon aloi. Rien de bien révolutionnaire, mais le groupe a compris qu'à répéter les vieilles formules éculées, il allait devenir une caricature de lui-même.
Evidemment, les différences avec les premiers volets sont de taille. Si on retrouve toujours des titres épiques (
The King For A Thousand Years,
Occasion Avenue et son clin d'oeil au passé), l'accent n'est pas placé sur la rapidité. Ce n'est pas l'argument principal d'Helloween sur cet album, qui prend des tournures plus graves qu'à l'accoutumée. Mais les membres ont retenu la débâcle de
The Dark Ride et ne le montrent pas aussi ouvertement. On retiendra notamment le morcelé
The Invisible Man,
The Shade In The Shadows qui brille par son absence de solo (ce genre de composition existe pour sa rythmique dynamique et n'aurait que moyennement supporté la brisure d'une partie instrumentale trop développée), la ballade
Light The Universe en compagnie de la douce
Candice Night et dans une moindre mesure l'étonnant
Do You Know What You’re Fighting For aux allures plus psychédéliques avec un gros riff d'introduction qui semble sortir des archives d'
Iron Maiden.
Est-ce que ça tient la comparaison avec les premiers volets ? The Legacy est moins bon que le premier tome des pérégrinations d'un trousseau de clés. Ce dernier avait l'avantage de la surprise et d'une fraîcheur presque indécente. Sa faible durée le rendait également bien plus digeste et assimilable. En revanche, la cuvée 2005 rivalise avec celle de 1988 qui était parfois un peu décousue et plus alambiquée. Mais Helloween ne vit pas sur son passé. Il s'en inspire pour aller de l'avant, il ne nous rejoue pas les mêmes plans, ne cherche pas les mêmes structures, ne s'aventure pas non plus sur le terrain du happy metal à tour de bras. Entre fougue et sobriété, les Hambourgeois proposent là une oeuvre aboutie, qui tient bien la route.