Helloween était attendu au tournant. Déjà, la foule était échaudée par la parution d'un nouvel épisode dans la saga du Gardien des Clés, même s'il s'agissait plus d'un spin off qu'une suite réelle. De quoi crier au scandale, comme le Georges Marchais de la grande époque, ou crier au génie selon son point de vue, ses goûts, ses aspirations propres. Même si les membres avaient mis leurs joyeuses entre le marteau et l'enclume, le bilan s'est avéré globalement positif, surtout que la tournée qui s'ensuivit s'est très bien passée et qu'elle avait donné lieu à un double CD double DVD de toute beauté. Qu'on le veuille ou non, Helloween se réinstalle tranquillement dans la cours des grands et retrouve de plus en plus de sa superbe passée. Et quand on sait que le groupe est capable du meilleur comme du pire, de nombreuses craintes résidaient en ce Gambling With The Devil.
Sans être un pas en avant, ni un pas en arrière, ni même un disque incompréhensible comme peut l'être le
Chameleon, on peut tout de même remarquer que le groupe se place dans une certaine routine. Très peu d'évolution dans la musique mais des passages plus heavy qu'à l'ordinaire, morceaux dans la plus pure tradition des Citrouilles...
Les affaires commencent avec une courte introduction avec un guest de luxe en la personne de
Biff Byford de
Saxon, venu faire un speech pour la qualité de son accent anglais certifié d'origine. Ensuite, on a droit à
Kill It, titre rapide et puissant, avec des vocaux très aigus, à la manière d'un
Rob Halford, mais qui en définitive déçoit un peu. On est pas franchement étonné par cette composition en fait puisqu'Helloween a déjà fait le coup sur
Push, tiré de l'album
Better Than Raw... dix ans plus tôt (déjà dix aaaaaaaaaaaaans !). Pas l'essentiel pour mettre dans de bonnes conditions, mais la suite redonne un sacré sourire.
The Saints, le single
As Long As I Fall (lui également très classique, avec ses relents pop comme les singles les plus marquants du groupe depuis l'arrivée d'
Andi Deris), le surpuissant
Paint A New World... Pas forcément novateur, mais les plaisirs varient et Helloween est précis, donne ce que l'auditeur attend avant de le surprendre avec des sonorités différentes. Ainsi, on se retrouve avec un
Final Fortune qui sonne un peu comme du
Masterplan ou un
The Bells Of The 7 Hells et sa construction en tiroir.
Bref, une affaire qui jusque là sent très bon, du heavy puissant et racé comme on l'aime, des parties instrumentales bien foutues, un chanteur concerné et éblouissant. Du très bon, puis on arrive à une espèce de ventre mou qui fait retomber la mayonnaise. Plus soft, peu inspiré ou sonnant comme un mauvais glam des années 80, le groupe doit manier le fouet avec vigueur pour réussir à rattraper sa sauce. Et il y arrive sur la fin de l'album, avec deux morceaux qui s'inscrivent dans la plus pure tradition, comme l'épique
Dreambound et le très bon
Heaven Tell No Lies, qui viennent clore le disque en beauté.
En résumé, Helloween ne sort pas là le disque de la décennie, ni une bouse innommable. Il se contente de bien faire son boulot, trouvant de temps en temps une étincelle de grande créativité, se laissant aller dans d'autres, comme une sale habitude dont les Allemands n'arrivent pas à se défaire. Gambling With The Devil est un bon album de heavy metal, lourd, énervé et mélodique, calibré pour plaire aux fans et succeptible de convertir une bonne partie du public pour peu qu'on lui donne sa chance. Et avec un pareil titre, ce serait criminel de ne pas le faire, non ?