On ne peut pas nier le fait que
Forgotten Tomb ait eu une influence majeure dans la scène DSBM souvent décriée. Bon nombre de suiveurs ont imité sans jamais égaler la horde dirigée par Herr Morbid.
Forgotten Tomb a laissé son empreinte indélébile avec des disques comme Springtime Depression, ou encore Love’s Burial Ground. Etrangement, il avait un peu changé son fusil d’épaule avec Negative Megalomania qui n’a pas laissé un souvenir si bon que ça dans les esprits des fans. Voilà 4 ans que ce dernier album avait vu le jour. On avait bien vu sortir quelques compils ou rééditions, mais rien qui laissait présager l’arrivée du futur
Forgotten Tomb.
Et avec la pochette entre les mains, on voit un gros changement. C’est la première fois que les italiens utilisent une couleur autre que le noir ou le blanc ! Ici, on a une sorte d’ange défiguré, sur des tons orangés-jaunes très glauques. Il nous tarde de lancer la lecture de la musique !
Après quelques notes, on retrouve le style si identifiable de
Forgotten Tomb. Des riffs lourds et assassins atténués sournoisement par des mélodies sinistres effectuées par l’autre guitare. Par-dessus, un chant
macabre vient se greffer, et un duo basse-batterie vient alourdir le tout pour donner la couleur si noire à la musique des italiens. Malheureusement, tout ce qui en ressortira ne sera aussi noir que dans les premiers méfaits du groupe. On se trouve ici bien plus proche de Negative Megalomania que d’un Obscura
Arcana Mortis… Ce qui faisait la force de
Forgotten Tomb était justement sa haine viscérale crachée à la gueule de l’humanité en pleine destruction, sa proclamation de l’autodestruction et son adoration pour le suicide ! Cette folie sanguinaire qui transpirait de chaque note comme un ultime requiem, ce désespoir sans nom qui nous glaçait les sangs à chaque écoute !
Pourtant, ici, avec ce Under Saturn Retrograde, tout ceci semble annihilé au profit d’une musique plus lisse. Un peu comme si
Forgotten Tomb avait voulu suivre la voie de
Shining, mais en se vautrant… Quand je dis ça, je pense à ces chants clairs qui font irruption par moments (Shutter, Joyless) ou des solis inventifs qui tentent tant bien que mal d’apporter un aspect prog (?) (I Wanna Be Your Dog). Un peu comme si ce disque montrait que Herr Morbid allait beaucoup mieux dans sa vie. Tant mieux pour lui, soyons francs, mais l’horrible noirceur de Springtime Depression, on aurait bien aimé en retrouver des bribes ici. Evidemment, rien de nert de sortir le même album à chaque fois. Mais tout ce qui rendait
Forgotten Tomb si savoureux semble disparaitre peu à peu. Negative Megalomania l’annonçait déjà, Under Saturn Retrograde le confirme. Les titres s’enchainent, sans grande personnalité, sans que rien de vraiment accrocheur n’en ressorte.
Alors, il faudra reconnaitre que la musique est bien faite, et elle est soutenue par une production du tonnerre qui donne un aspect un peu plus moderne à la musique (quoique, Negative Megalomania aussi en fait…), et c’est peut-être ça finalement qui fait que l’on n’y croit plus, la sincérité du chant est à remettre en doute, la noirceur des ambiances est inefficace… Un disque à la production trop moderne ? Ce n’est pas impossible, mais ce n’est pas uniquement ça… Le groupe a voulu expérimenter un peu, ou du moins innover, ou renouveler son répertoire, mais ça n’a pas marché. L’apparition de chant clair fausse tout et sonne très ridicule pour ne pas dire risible. La noirceur n’est plus vraiment là au profit de passages flirtant avec le prog, avec des ambiances qui n’ont vraiment rien d’exceptionnel (Under Saturn Retrograde I), on se demande ce qu’ils font d’ailleurs avant d’envoyer la sauce…
Pour faire simple, ce nouvel album poursuit le sentier ouvert par Negative Megalomania, en traçant petit à petit un trait sur le passé du groupe. Exit la noirceur, les atroces sensations de morts, les ambiances poisseuses et dégénérées.
Forgotten Tomb présente un disque bien décevant, ou en tout cas, un disque qui décevra les fans de la première heure à coup sûr ! Si la bande à Herr Morbid avait eu l’intention de faire évoluer sa musique, son intention est des plus louables, mais ça ne fonctionne pas à chaque fois…