Chroniquer un album comme ce Musique du Crépuscule sur un webzine consacré au metal peut paraitre absurde au possible, un non-sens total.
Pourtant, à y regarder de plus près, la musique proposée par
Les Fragments de la Nuit, sans être metal, peut séduire les personnes qui aiment ce genre, ou du moins, certaines branches parmi les plus sombres. Attention, le discours du groupe n'est pas dépressif ou suicidaire, loin de là, mais il arrive, à travers un piano inquiétant ou une partie de violon plus funeste, à apporter un halo d'obscurité à l'ensemble, une progression vers l'ombre, une dramatique à l'issue inéluctable. On peut penser à du
Dark Sanctuary en moins funèbre et sans paroles, mais ce n'est en aucun cas une influence. Ici, il n'y a pas d'odeur de caveau ou de sombre désespoir lié à un amour détruit.
Non, le monde des Fragments de la Nuit s'installe dans la faërie, dans tout ce qu'elle a de plus obscur. On peut sourire en voyant les intitulés des titres, mettant des fées en scène à plusieurs reprises. On peut s'imaginer une musique gnangnan au possible, avec un intérêt nul ou très limité, un voyage à travers un monde très fleur bleue, une bande son alternative pour Candy. Il n'en est rien. Le thème est le crépuscule, avec tous ses mystères, son ouverture au Petit Peuple, le domaine de la Banshee. Il se dégage de la musique des sentiments divers, les parties symphoniques ne paraissent jamais bêtement joyeuse, elles sont au contraire teintées d'urgence et de crainte. Cela devient très visuel, on se fait des histoires dans la tête. Un morceau comme Entre Ciel et Fer est limite angoissant avec son piano agressif et ses cordes qui n'allègent en rien la musique, tandis que Solarisation, éthérée, est onirique, doucement planante. Tout le disque navigue entre ces deux courants et quand des choristes apparaissent, ce n'est que pour rajouter à l'aspect atmosphérique de l'ensemble.
Autre point fort de cet album, la durée des morceaux. Plutôt que de proposer des pièces monolithiques, le groupe choisit des formats très courts mais qui s'intègrent bien l'un à l'autre pour éviter toute lassitude. Les seize compositions de ce disque s'enchaînent le long de quarante petites minutes et on se repasse l'opus avec plaisir. Cela peut faire l'effet d'une BO et ce n'est certainement pas innocent. Le groupe ne cache pas son intérêt pour
Jerry Goldsmith ou
Howard Shore. D'ailleurs Les Fragments de la Nuit se sont déjà illustrés sur des courts et moyens métrages, un format qui leur convient très bien, ils n'ont pas besoin de deux heures pour imposer leurs idées.
Evidemment, il convient d'être ouvert d'esprit avant de se lancer dans cette aventure en clair obscur. Les plus obtus ne trouveront en rien leur compte tandis que les amateurs de gothique ou de musiques plus désespérés, voire doom, peuvent accrocher à ce disque aux sonorités délicieusement néo classiques (mais pas dans le sens malmsteenien du terme...). A découvrir.