Que fait un enfant solitaire quand il s’ennuie ? S’il est stupide il restera là à pleurnicher. Mais s’il a un peu d’imagination, il cherchera au fond de ses rêves un monde où il sera plus heureux. Il inventera des pays fabuleux, il les peuplera de créatures et d’êtres extraordinaires, de princes et de princesses auxquels il fera vivre des aventures innombrables. Et un jour peut être, quand il aura beaucoup grandi, il s’en rappellera et il en fera des chansons.
C’est à peu près ce que décrit
Alfirin dans ce premier album. Techniquement, on est plus vraiment dans le métal, même si l’influence de
The Gathering est perceptible. Pas de basse ni de batterie, assez peu de guitare, beaucoup de synthé et de violoncelle (qui tient le rôle de basse), un son très cristallin ; sur le tout le chant de Gia, très doux et mélodieux.
Bon soyons honnêtes : avec aussi peu de moyens techniques, l’album est loin d’être un chef d’œuvres. Le mixage est par moment approximatif, malgré le travail qu’il a visiblement coûté ; les mélodies peuvent paraître un peu répétitives et le chant manquer de relief. Mais si on se donne la peine de rentrer un peu plus dans leur univers, on y trouve, outre beaucoup d’effort et de volonté, des qualités et un charme certains.
On débute sur une courte intro, une petite musique lente et mélancolique, mêlant synthé et violoncelle.
Leo’s Kingdom ouvre véritablement le CD, en présentant l’enfant dont les rêves font l’objet de leurs chansons. Le chant est très bas, presque murmuré, accompagné de notes cristallines. Les thèmes musicaux sont tout simples et sans prétention, ce qui risque d’en lasser beaucoup, voir d’être qualifié de déjà vu. Mais cette douceur et cette simplicité s’accordent bien au thème de l’enfance ; et les petits passages de guitares viennent apporter une note inquiétante, les menaces qui pèsent sur lui. Le refrain introduit également le thème de la féerie.
Pourquoi avoir ancré un monde irréel dans un autre monde irréel, on peut tout de même se poser la question. Pourquoi un prince plutôt qu’un mendiant ou un petit paysan ?
Le premier personnage qu’il invente est une nymphe,
Little Lily, personnage principal et amie du prince de ce royaume. On continue avec les notes cristallines et le violoncelle, toujours avec autant de douceur mais moins de mélancolie, l’espoir d’un monde meilleur transparaît dans le chant. L’histoire est volontairement simple et maladroite, pour rester dans l’atmosphère de l’album.
Einior, le prince à qui il était fait allusion dans la chanson précédente, devient ensuite roi et les choses se compliquent. Le royaume se divise, et la nature n’étant pas capable de différencier le bien du mal (ça se discute…) la nymphe, qui en est son émanation, n’est pas mieux placée ; aussi exprime-t-elle ses doutes et sa tristesse, accompagnée par la guitare.
Miniel utilise toujours les notes cristallines, mais mêlées au son d’un piano. Elle est consacrée à un nouveau personnage, proche de celui de Lùthien-Tinùviel, du Silmarillion : une Elfe dont le chant est garant de la survie du royaume. La répétition, dans le refrain, de ce nom, sonne exactement comme de l’elfique même si la chanson est en anglais.
The Nymph revient ensuite dans le style de
Little Lily, avec beaucoup de notes cristallines, quelques thèmes à la contrebasse et une histoire dans la même lignée : maintenant la nymphe aide les gentils et est amoureuse d’un enchanteur… Bref.
Heleg et
In My Dream suivent ensuite dans le même registre et dans la même ligne musicale. Le magicien est tué par Heleg, le seigneur des glaces (un thème plutôt scandinave au passage) ; elle pleure son amant et son frère de lait tente de la séduire, ce qui l’amène à le soupçonner.
Vient ensuite
Dalle Lacrime Al Sangue, composée en italien, ce qui apporte curieusement une note un peu plus dure et désespérée. Une seconde voix féminine, plus grave, intervient, murmurant entre les couplets.
Lord of War enchaîne avec une intro au piano, et un air de guitare un peu plus heavy, qui marque l’affrontement de Einior, venu venger l’enchanteur, et du dieu de la guerre qui protége l’assassin.
Bloodstained continue à mêler le chant et le murmure de l’autre voix féminine, avant
Outro, une conclusion instrumentale qui célèbre le retour du royaume à la paix.
Bref, c’est un album plein d’imperfections, mais possédant un charme et un attrait très particuliers. Berod et Gia y prouvent leurs talents et leurs qualités de musiciens. Espérons qu’il leur permettra d’évoluer et d’intéresser de nouveaux membres, car en tout objectivité on ne peut pas estimer leur projet viable sans ça.
Kingdom Tales est une bonne expérience, mais continuer dans la même voie n’apporterait pas grand-chose de plus…