Retour à l'accueil
Chronique
Chroniques :: Chronique de Agents Of Fortune

Chronique de Agents Of Fortune

Blue Öyster Cult  - Agents Of Fortune (Album)

 8 
10

Extra-terrestre !



Avec Secret Treaties et le magistral album live On Your Feet Or On Your Knees, Blue Öyster Cult commençait à acquérir un statut des plus intéressants. Et même si le groupe était dépassé en terme de vente par Kiss, il disposait tout de même d'une solide fan base, d'adeptes prêts à se fondre dans cette secte hypnotique.

Pour autant, il ne se repose pas sur ses lauriers. Secret Treaties a été une petite merveille, intelligemment écrit, subtilement interprété. Une formule étincelante qui aurait pu servir de ligne directrice à une formation moins créative. Blue Öyster Cult, en effet, va habilement brouiller les cartes pour se renouveler, se recréer un son sans pour autant vendre son intégrité au tout-puissant dieu Dollar.

Déjà, le fait que la pochette soit si colorée peut mettre la puce à l'oreille. Ce n'est pas dans les habitudes de la bande à Eric Bloom de jouer sur une telle palettes de couleurs. Et si le croupier n'en demeure pas moins inquiétant avec ses cartes, tout en montrant le sigle du groupe, taillé dans la pierre d'une fenêtre donnant sur une nuit étoilée, rien ne permet en réalité de simplement deviner quels changements musicaux se sont opérés dans l'ombre. Après tout, si une jaquette peut être un reflet du contenu, difficile de se faire une idée précise des mélodies élaborées par les cinq musiciens ici, sinon que l'on peut espérer un délire psychédélique à l'instar d'un Astronomy sur l'opus précédent.

En fait, le Culte de l'Huître Bleue opère une mue impressionnante. Son hard rock mute à divers degrés. Bien entendu, on retrouve des morceaux très électriques, comme (i]This Ain't The Summer Of Love[/i] ou Tattoo Vampire, mais sont-ce de bons morceaux ? Oui, non... En fait, ils s'insèrent parfaitement au schéma de ce Agents Of Fortune, en apportant la dose de guitares surchauffées qu'il faut pour donner un pic de violence au bon moment (en début de disque et un peu plus loin que sa moitié), mais il s'avère rapidement qu'ils ne tiennent pas forcément la route face au reste des compositions et pire, qu'ils ont tendance à saouler au fil des écoutes (notamment Tattoo Vampire auquel il manque le côté implacable de son confrère).

Agents of Fortune est un disque plus facile d'accès, tout en conservant ce côté élitiste qui caractérise Blue Öyster Cult. L'adjonction de cuivres comme sur True Confessions n'aide pas vraiment l'auditeur à prendre ses repères. Autre grande nouveauté, des choeurs mélodieux font leur apparition, venant renforcer le côté pop-rock classieux développé par le groupe ici, même si cette appellation devient rapidement réductrice. On savait la formation très fine dans l'écriture, elle vient le prouver une fois de plus en brouillant les pistes à chaque nouveau titre.

Car quel est le point commun entre l'inquiétant (et surréaliste) The Revenge Of Vera Gemini sur lequel la muse Patti Smith vient poser sa voix et un Morning Final lumineux, avec sa mélodie entêtante ? Qu'est-ce qui permet au génial E.T.I. (Extra Terrestrial Intelligence) au refrain sautillant de cohabiter sans heurt avec un grandiloquent Debbie Denise ? Le seul lien entre les chansons demeure les musiciens, qui se sont lâchés, qui se sont autorisés toutes les fantaisies, à l'instar d'un Queen en Angleterre, et qui surtout, ne se sont pas ratés dans l'écriture. Là où certains se seraient ramassés, Blue Öyster Cult réussit l'exploit de tenir son rang et de livrer une prestation originale et efficace, toutefois moins baroque que ce que pouvait proposer Freddie Mercury .

Cependant, un tel album, riche, coloré, reste très difficile d'accès. A l'image de la chanson phare de la galette, la formidable (Don't Fear) The Reaper, qui aura d'ailleurs valu quelques problèmes à Donald Roeser et ses compagnons, comme quoi il s'agit d'une incitation au suicide par ses références au couple maudit Roméo et Juliette... Bref, une bêtise de plus proférée et un nouveau coup de pouce du destin avec une promo gratuite. Mais revenons-en à la musique. Ce titre est à l'image de la musique du groupe : abscons, riche, mélodieux et percutant à la fois, planant et d'un réalisme crû, sans fard. Il faut parfois plusieurs écoutes de cette composition pour vraiment en comprendre la subtilité, la force instrumentale, la maestria.

Agents Of Fortune est un pas en avant, il marque un refus de stagner. Blue Öyster Cult reste toujours hors de portée d'une partie du public malgré le côté parfois plus léger et le succès probant de ce (Don't Fear) The Reaper qui a traversé les âges, propulsé non seulement par le groupe mais aussi par les réalisateurs de films de genre, qui ont toujours apprécié sa force évocatrice (ainsi que Stephen King qui y fait référence dans le Fléau). On est juste face à un groupe totalement extraterrestre, qui en fait à sa guise sans se soucier de coller à une mode ou une autre, en jouant son rôle jusqu'au bout. Un disque de hard rock remarquable, quoique parfois inégal.

(0) Modifier l'article
par Elric des Dragons, le 10 décembre 2009
Voir toutes les chroniques de Elric des Dragons
162 lectures
 8 
10

Contre mauvaise fortune bon coeur



On peut faire des parallèles entre le "Destroyer" de Kiss et ce "Agents of fortune". Tout d'abord, ces 2 albums sont sortis en 1976. Ensuite, leur situation dans l'histoire du groupe est sensiblement la même: après avoir sorti 3 albums bien rock'n'roll et avoir sauvé leur carrière grâce à un double live d'anthologie, Kiss sortait "Destroyer"; il en est de même pour le BÖC qui, après 3 albums studios, sortait le live "On your feet, on your knees", suivi du disque aujourd'hui chroniqué. Enfin, on peut parler des pochettes de ces 2 disques: sur "Destroyer", les 4 peinturlurés de New-York adoptaient le style bande dessinée; le Blue Öyster Cult, après sa période "noir et blanc" (cf. les pochettes de ses 3 premiers disques) passait enfin à la couleur sur les conseils du Darty local.
Si "Destroyer" était pour Kiss l'album de la rupture, il en va de même de "Agents of fortune".

En effet, le culte de l'huitre bleue se montre ici sous un nouveau visage. On n'est plus seulement en présence d'un Black Sabbath un peu sophistiqué. Le groupe se montre plus doux, les mélodies sont plus fouillées, le travail de composition plus recherché (ceci étant dit sans remettre en question la qualité des 3 disques précédents). Le groupe va rechercher ses influences un peu partout dans le rock en général. "Morning final", après une belle intro guitare/piano, est un morceau qui swingue, avec des relents plutôt pops (à noter toutefois un bon solo de guitare). Pop, le mot est lâché. Oui, le groupe se veut plus accessible. Certains fans de la première heure se sentiront trahis, les plus ouverts (aveugles, diront certains déçus) préférant parler d'évolution. Alors oui, la musique pop est assez présente dans ce disque, comme sur "Tenderloin" ou sur la jolie ballade "Debbie Denise". Le pire est atteint sur "True confessions", placé en seconde position sur ce disque, où le piano est plus que présent, la voix est dans un style crooner, et le solo de guitare est précédé d'un solo de...trompette.
Mais cette mûe du BÖC nous offre d'autres styles: "The revenge of Vera Gemini" (avec Patti Smith en special guest) est un morceau tout en ambiances, un peu inquiétant et rappelant quelques fois les Doors (le groupe reprendra bien "Roadhouse blues" sur scène). Quant à "Sinful love", avec son tempo lent, ses guitares et ses chœurs, il peut rappeler le Alice Cooper de la grande époque.

Ne nous méprenons pas toutefois, Blue Öyster Cult reste le même groupe et le prouve avec quelques brulots comme "This ain't the summer of love" (idéalement placé en ouverture du disque), morceau entrainant toutes guitares dehors, "E.T.I." avec ses bruitages SF, son refrain mélodique et son solo de guitare ou "Tatoo vampire", chanson hard rock classique au tempo rapide.

Et puis, il y a "Don't fear the reaper", LE morceau qui restera à jamais comme le grand classique du Blue Öyster Cult, la grande réussite de Donald "Buck Dharma" Roeser, le morceau qui fait que même si le groupe n'avait enregistré que lui, il serait quand même connu. Et il est vrai que cette chanson est d'une beauté à toute épreuve. Débutant comme une ballade avec son arpège de guitare sublime, le morceau s'envole en intensité pendant un cours solo à l'ambiance inquiétante. Le genre de réussite qu'on ne peut expliquer, mais qui marche. Le morceau a été utilisé dans nombre de compilations et est toujours joué sur des radios spécialisées.

En résumé, ce "Agents of fortune" pourra décontenancer les fans des 3 premiers disques, mais c'est un des albums-charnière dans la carrière du groupe, un virage risqué pris dans la bonne trajectoire.

(0) Modifier l'article
par Ronnie, le 7 septembre 2008
Voir toutes les chroniques de Ronnie
286 lectures


Chroniquer cet album

Avis des chroniqueurs :
 



Chronique précédente

Tout

Chronique suivante


Commentaires


Bizarrement, ce ne sont pas les morceaux de pur hard qui font mouche sur cet album. The Revenge Of Vera Gemini est un pur chef d'oeuvre tandis que Tatoo Vampire est décevante par son côté répétitif et en définitive gonflant. Reste qu'il n'est pas si éloigné de ça d'un Secret Treaties, déjà plus calme.
lun. 8 sept. 08- 07:41  
Personnellement "don't fear ... The Reaper" est un des rares morceaux à me mettre une telle chair de poule ! un pur chef d'œuvre qui tourne dans ta tête pendant des heures !
et qui me transporte dans une autre galaxie ...La leur. ecoute du néohpite plus facile en effet. Mais réellement difficile d'accès, comme tu le dis justement. Il mérite des écoutes répétées et une bonne connaissance de leur disco antérieure pour en comprendre la subtilité.
Et Il ne faut pas oublier que le BOC a toujours aimé brouiller les cartes.

ven. 11 déc. 09- 22:32  

Agents Of Fortune - Infos

Voir la discographie de Blue Öyster Cult
Infos de Agents Of Fortune
acheter sur Amazon
Sortie : mai 1976
Genre : Hard Rock
Playlist :
1. This Ain't The Summer Of Love (2:20)
2. True Confessions (2:57)
3. (Don't Fear) The Reaper (5:09)culte !culte !écouterlisten
4. E.T.I. (Extra Terrestrial Intelligence) (3:42)à écouter en premier
5. The Revenge Of Vera Gemini (3:53)culte !culte !
6. Sinful Love (3:29)à écouter en premier
7. Tatoo Vampire (2:41)
8. Morning Final (4:30)à écouter en premier
9. Tenderloin (3:40)
10. Debbie Denise (4:23)
écouter : Ecouter l'album



Blue Öyster Cult

Blue Öyster Cult
Blue Öyster Cult
Voir la page du groupe
Création : 1967
Genre : Hard Rock
Origine : États-Unis




Groupes en rapport


Albums chroniqués :
Chronique de Dehumanizer
Dehumanizer
1992

Chronique de Tyr
Tyr
1990

Chronique de The Eternal Idol
The Eternal Idol
1987

Chronique de Seventh Star
Seventh Star
1986

Black Sabbath
Black Sabbath
Voir la page du groupe
Création : 1969
Genre : Heavy Metal
Origine : Royaume-Uni

Concerts:

Queen
Queen
Voir la page du groupe
Création : 1970
Genre : Hard Rock
Origine : Royaume-Uni


Revenge
Revenge
Voir la page du groupe
Création : 2000
Genre : Black Metal
Origine : Canada


Albums chroniqués :
Chronique de Babez for Breakfast
Babez for Breakfast
2010

Lordi
Lordi
Voir la page du groupe
Création : 1991
Genre : Hard Rock
Origine : Finlande


Albums chroniqués :
Chronique de Black Ice
Black Ice
2008

Chronique de Black Ice
Black Ice
2008

Chronique de Ballbreaker
Ballbreaker
1995

Chronique de The Razors Edge
The Razors Edge
1990

AC/DC
AC/DC
Voir la page du groupe
Création : 1973
Genre : Hard Rock
Origine : Australie


Albums chroniqués :
Chronique de Kiss Of Death
Kiss Of Death
2006

Chronique de Inferno
Inferno
2004

Chronique de Overnight Sensation
Overnight Sensation
1996

Chronique de Sacrifice
Sacrifice
1995

Motörhead
Motörhead
Voir la page du groupe
Création : 1975
Genre : Hard Rock
Origine : Royaume-Uni

Rapports de concerts:

Albums chroniqués :
Chronique de Savage Amusement
Savage Amusement
1988

Chronique de Blackout
Blackout
1982

Chronique de Animal Magnetism
Animal Magnetism
1980

Chronique de Lovedrive
Lovedrive
1979

Scorpions
Scorpions
Voir la page du groupe
Création : 1971
Genre : Hard Rock
Origine : Allemagne

Concerts:
Rapports de concerts: