Il n'est pas facile de succéder à un disque comme
In Rock, qui a eu l'effet d'une déclaration d'indépendance Russe dans le domaine de la musique. Difficile de passer à côté de ce monument du hard rock sévèrement burné pour l'époque. Après deux années à essayer de forcer son destin,
Deep Purple est enfin récompensé de ses efforts et accède au rang de grand du rock, dans le sens le plus large du thème. Autant dire que le groupe n'avait pas intérêt à se reposer sur ses lauriers et qu'il devait proposer de quoi défriser les poils de fesse des plus sceptiques.
Pour cela, le groupe va s'enfermer dans le manoir Welcombe, dans le Devonshire (UK) pour enregistrer un petit frère à In Rock. Malheureusement, seuls deux titres en sortiront, The Mule et le hit single Strange Kind Of Woman (originellement Prostitute). L'ambiance n'est pas au beau fixe, des tensions éclatent entre
Ritchie Blackmore au caractère ombrageux et
Ian Gillan à la teneur en alcool élevée. A la demande pressante de
Ian Paice, le groupe ira achever l'album ailleurs.
Du coup, on peut se demander ce que Deep Purple a obtenu de ce Fireball. Si le résultat n'est pas franchement mauvais, il est loin de combler toutes les espérances. Premier bon point, malgré un titre éponyme en ouverture lorgnant dangereusement sur Speed King, le groupe ne tentera jamais de refaire un In Rock 2. Ce dernier était monolithique, toujours dans la démesure et parfois même, bruitiste. Ici, la bande à
Jon Lord se montrera nettement plus diversifié, parfois versatile et alignera le bon et le moins bon. Les titres se veulent souvent plus long, à l'image de Fools, mais un défaut majeur vient souvent entacher la réalisation : c'est répétitif, c'est trop long. Certains morceaux, comme No No No, auraient tranquillement pu afficher deux minutes de moins au compteur. Le groupe pêche par excès de confiance et nous balance des titres aux sonorités plus psychédélique, ou tout simplement plus rock, parfois avec des relents de
Rolling Stones et lasse. Bien sur, il y a des morceaux comme Fireball qui envoient la purée, ou The Mule dont les trois dernières minutes sont absolument magiques (et qui serviront de prétexte à un solo de batterie pour les concerts à venir). No One Came est une autre réussite dans son genre. Puis il y a les "bof", les chansons que l'on aurait plutôt apprécié comme b-side, comme le country Anyone's Daughter (le groupe l'admet : c'est fun, mais c'est une sacrée erreur de l'avoir casé sur album...).
Et Strange Kind Of Woman ? Le single n'apparait pas sur le pressage original de Fireball et, à l'image de Black Night à l'époque d'In Rock, deviendra un incontournable de tournée. Une autre erreur de la part de Deep Purple qui aurait pu hausser le niveau général de cet album avec ce morceau.
Fireball n'est pas un classique de Deep Purple, sauf pour Ian Gillan : Blackmore ne l'aime carrément pas. Mais ce disque commence à devenir intéressant quand on se procure la version de 1996, sortie pour les 25 ans de l'album. On y découvre alors des morceaux qui n'ont pas été retenus lors des sessions d'enregistrement, des "out-take" bien plus intéressant que la plupart des titres figurant sur la version d'origine. D'où un léger réajustement de la note.
Un dernier mot sur la pochette. Vous ne trouvez pas que la comète formée par les membres du groupe ressemble à s'y méprendre à un spermatozoïde ?