Vous savez d'où vient le terme "barbecue" ? Non ? Contrairement à ce que l'on pourrait penser légitimement, ce n'est pas un terme américain, mais bien français, qui date du Moyen Âge, quand pour rôtir un cochon, on l'embrochait de la barbe au cul. A quoi ça sert ce truc en guise d'introduction ? A vous donner une occasion de briller en société pour une fois, tien ! Et aussi parce que ce disque est idéal pour ce genre de manifestation que les anglo-saxon ont réussi à définir par "manger de la viande à demi crue avec des doigts bien cuits". C'est festif, cela appelle forcément à boire, voire à danser entre deux brochettes de boeuf mariné aux herbes. Bref, Trova Di Danù est tout sauf un disque prise de tête.
Si dans l'esprit collectif, le metal se doit forcément d'être dépressif, sombre, glauque, un appel à déterrer les corps pour leur donner les derniers outrages comme certaines personnes dans le gouvernement actuel (à cette date du 19 juin 2010) voudraient le faire croire à l'opinion publique, il n'est pas que ça. Heureusement. Le style est riche, varié et il y en a pour tous les goûts, même pour les chrétiens convaincus qui peuvent se reconnaître dans certaines formations. Tuatha De Danann, qui niveau son semble venir tout droit d'Europe, est en fait originaire du Brésil, pays connu pour sa passion du football et pour ses groupes plus extrême comme Sarcofago ou
Sepultura, entre autre. Et la samba. Ceci expliquant peut-être cela. Un groupe qui aime les choses de la vie et qui aime faire la fête, en insufflant à sa musique une bonne dose de bonne humeur folk.
S'écartant de plus en plus de ses racines basées dans le death, Tuatha De Danann offre avec Trova Di Danù un disque qui transpire la bonne humeur. Construit sur des morceaux à rapprocher niveau son à du heavy metal assez classique et pas forcément original, se rapprochant un peu dans l'esprit de Mago De Oz, l'album est ainsi modulé pour que les parties folk se greffe sur chaque titre, s'attardant parfois sur le côté acoustique de la chose (le morceau titre par exemple) pour en accentuer l'effet. Les voix death se font plus rares et c'est tant mieux tant le résultat au final n'est pas forcément convaincant.
Believe : It's True en est un triste exemple. Habilement écrite, la composition perd énormément de son charme quand la grosse voix un brin forcée fait son apparition, en opposition avec le chant clair de
Bruno Maia qui s'en sort bien dans ce registre, très bien même, apportant un cachet supplémentaire de part ses mélodies vocales.
Autrement, le disque est habile en son genre même si son plus magistral défaut est d'être passe partout. Bien qu'à cette époque la concurrence était moins rude que de nos jours dans ce domaine, on pourrait tout de même espérer quelque chose de plus original, voire de plus personnel. Ce n'est pas déplaisant, c'est même plutôt agréable à écouter d'un bout à l'autre, avec la furieuse envie d'embrocher le chat du voisin qui vient pisser sur vos jacinthes pour voir si ça a vraiment un goût de lapin, mais on termine l'écoute avec le sentiment confus que le groupe, une fois encore, ne va pas au bout de son sujet. Que passer certains morceaux, il joue la carte de la sécurité ou pire, qu'il se met en pilotage automatique pour assurer ses arrières, d'où une impression de redite dans les riffs ou dans les parties folk moyenâgeuses qui peinent parfois à se renouveler.
Cependant, on ne peut nier une réussite dans la démarche d'allier un heavy metal classique sur des parties plus traditionnelles, aux ambiances celtes à peine dissimulées. Le cocktail est délicat et il passe bien. C'est joyeux, et parfois, ça fait franchement du bien. Il se dégage quelque chose de particulier de ce disque qui, sans être révolutionnaire, fait passer un moment agréable à son auditeur qui sans être dépaysé, se surprend à voyager. Dans sa tête, bien sûr, mais en jetant un coup d'oeil au livret, qui sait vers quelle contrée habité par le Petit Peuple se rend-il ?
Trova Di Danù est un album fort plaisant. Idéal pour un barbecue donc, ou pour faire la fête. En revanche, ce n'est pas le genre d'album que l'on va écouter en boucle car il finit par se répéter à la longue, sans pour autant lasser. Mais on se rend compte par soi-même que la boucle est bouclée et qu'il est temps de passer à autre chose. Peut-être de noir, ou bien coloré. Libre à chacun de choisir sa voie.