Après un Mandrake qui partait en roue libre,
Edguy revient avec ce Hellfire Club à la pochette bien plus sobre, dans les tons rouges pour bien figurer les Enfers. Le groupe n'a pas viré sa cuti pour autant et continu à faire ce qu'il sait faire, c'est à dire un heavy/speed metal à la
Helloween sans vraiment changer sa formule. Donc inutile de s'attendre à un virage plus sombre ou à un revirement dans le domaine du black metal humoristique, l'auditeur va entrer en terrain connu dès les premières mesures de
Mysteria.
Donc
Edguy ne se révolutionne pas, il ne se remet pas franchement en question. Tout juste s'il essaye de redresser la barre après un album sans grand intérêt, qui ruinait tout le travail effectué sur l'excellent Theater Of Salvation. Et sans arriver à retrouver la fougue et l'envie des débuts, ces ingrédients ayant été remplacés par une certaine arrogance dans les compositions et dans l'attitude du leader,
Tobias Sammet, dont le melon n'a cessé d'enfler depuis le succès du premier volet d'
Avantasia (d'un autre côté, vu le jeune âge du bonhomme à cette époque et la pléiade d'invité prestigieux qu'il avait réussi à réunir, ça peut se comprendre, mais le débat n'est pas là).
Edguy a rejoint le rang et se contente de sortir des disques pour partir en tournée. Du moins, c'est l'impression que la formation donne.
Alors, on est confronté à un skeud des plus classiques, avec une alternance de titres rapides et de mid tempos entrecoupés de ballades pour le moins sirupeuses. Le tout ponctué de gros choeurs qui font bien germaniques. La formule fonctionne assez bien, même si
Edguy ne sait pas toujours faire dans la concision.
The Piper Never Dies par exemple est bien trop longue car franchement répétitive. Ce n'est pas son passage à l'orgue Hammond qui y changera quoi que ce soit. C'est comme si Sammet se contentait d'aligner le même riff et de répéter à l'infini un refrain certes bon, mais interminable. Il demeure pourtant le morceau de bravoure de cet album même si on ne peut avoir qu'un pincement au coeur en songeant aux anciennes longues pièces du groupes, plus morcelées et amenées de façon intéressante.
L'absence de fraîcheur instantanée pourrait vite être rédhibitoire sans quelques passages plus inspirés, pas forcément ceux que l'on attend d'ailleurs.
Kings Of Fool et
Lavatory Love Machine remplissent à la perfection leur rôle de cassure plus enjouée au milieu des morceaux incisifs et frondeurs que nous assènent les musiciens. L'aspect faussement épique de
The Navigator a également quelque chose de réjouissant au milieu de ce marasme pas forcément déplaisant, mais très convenu. De fou, donc imprévisible,
Edguy semble construire ses albums depuis Mandrake comme on bâti une maison en Lego, brique par brique, avec les morceaux en pente pour former le toit. Vu le potentiel affiché à la fin des années 90, il y a de quoi tiquer quelque peu. Conventionnel donc plaisant pour certains, incapables de se retrouver pour d'autres, la bande à Sammet devient une espèce de mystère insondable.
Certaines versions proposent deux titres bonus. Le premier,
Children Of Steel est un brûlot bien speed qui aurait mérité sa place sur l'album pour son côté très simple et direct. Le second est une version de
Mysteria sur laquelle apparait
Mille Petrozza de
Kreator. Si ce dernier ne semble faire que le service minimum, c'est parce que Tobias l'aurait tellement harcelé au téléphone que Mille a fini par accepté, pour avoir la paix. Bref, pas la plus grosse des performances pour le leader de
Kreator et finalement, un bonus assez moyen par rapport à la version originale.
Hellfire Club s'en tire plutôt bien même si sous sa couche de verni, il y a des parties faîtes d'un bois d'une essence peu noble.
Edguy se remet sur des rails branlants et commence à tourner en rond. Les fans suivront, ceux qui ne connaissent pas pourraient être séduits, mais on est loin des chefs d'oeuvres passés. Un album honnête dans l'ensemble, mais peut mieux faire.