Edguy, ce n'est pas un groupe original.
Edguy, c'est un groupe qui a beaucoup écouté les deux Keeper Of The Seven Keys d'
Helloween et qui les a bien assimilé. D'ailleurs, de toute cette vague dite "true metal", il est le seul à pouvoir se vanter d'avoir approché, stylistiquement et qualitativement l'un de ces glorieux opus des Citrouilles de Hambourg avec son
Theater Of Salvation, très frais et surtout, très inspiré. Puis le temps a passé et le temps qui passe, ça apporte des rides, des envies différentes aussi.
Tobias Sammet a été consacrée star européenne avec son
Avantasia qui avait regroupé des grands noms de la scène metal du moment, comme Kai Hansen ou encore...
Michael Kiske qui faisait son grand retour dans cette sphère avec un brio certain. Mais voilà, le petit Tobi se laisse aller et son égo devient disproportionné avec ce succès. Et au moment d'enregistrer le successeur de
Theater Of Salvation, il n'est plus le même homme.
Et cela se confirme très vite. Bien sûr,
Tears Of A Mandrake qui ouvre l'album est une très bonne composition, épique, longue à souhait, qui permet aux ambiances de se détacher clairement, avec des choeurs majestueux. L'expérience
Avantasia qui parle. Mais la suite...
Edguy s'enferme dans une espèce de stéréotype. Et un stéréotype dans un stéréotype, ce n'est pas vivable. Car cette branche du heavy metal est plutôt phagocyte, elle peine à se renouveler et la sensation de toujours naviguer dans le même genre d'album est présente. Et là,
Edguy ne bouge pas. Les schémas sont souvent répétitifs.
Les lignes de guitares ne sont pas inspirées. Nous sommes loin de la qualité de riff affichée sur
Theater Of Salvation ou
Vain Glory Opera, pour les détracteurs du premier. Les refrains arrivent tous un peu de la même manière, un choeur bien gonflé qui se répète, inlassablement, de titre en titre. C'en devient désespérément plat, aussi nous guettons les soli avec intérêt. Heureusement,
Jens Ludwig est loin d'être un manchot dans cet exercice et son jeu permet à certains morceaux de sortir la tête de l'eau, une eau vaseuse qui embourbe considérablement l'ensemble.
Sammet évolue dans sa façon de chanter. On avait déjà pu constater sur les opus précédent une certaine tendance aux trémolos. Ici, ils deviennent agaçant, car ils ne sont pas forcément agréables à l'oreille. Alors, oui, on peut dire que c'est un parti pris, que le groupe s'adapte pour ne pas stagner et ne pas proposer un TOS bis. Certes, c'est un point de vue absolument légitime. Mais alors pourquoi calibrer cet album pour qu'il s'écoute au kilomètre avec une prise de risque minimum ? On retrouve quelques titres speed, mais ce n'est plus une majorité. On retrouve de longs morceaux, aux consonances épiques, mais où est passée la créativité ?
The Pharaoh a beau se vouloir majestueuse au bout de ses dix minutes, elle n'en demeure pas moins très linéaire. La ballade de l'album,
Wash Away The Poison est poussive et a un air de déjà entendu, Sammet utilisant systématiquement les mêmes gimmicks pour ce genre d'exercice. Piano, voix, choeur mélodique et un style identifiable entre mille.
Et du coup, on se rend compte que ce disque ne vaut que pour le titre d'ouverture, qui n'apporte rien de neuf, qui est juste très bon. Le reste se défend misérablement et ne tient pas la comparaison.
Mandrake est prévisible. Logique pour le style, si vous voulez. Mais là où il est surprenant, c'est qu'il ne parvient même pas à donner le change face à
Vain Glory Opera ou TOS. Et pourtant, il est souvent l'un des disques préféré des fans. Question d'affinité, certainement.
Edguy donne un sacré coup d'épée dans l'eau avec
Mandrake. Un disque mal foutu, surproduit et sans âme. Trop propre sur lui, trop rarement jouissif et qui ne possède pas le charme de deux de ses grands frères. L'album est trop facile, comme s'il avait été composé en sachant que mauvais ou pas, il se vendrait et serait bien accueilli, la notoriété grandissante de Tobias Sammet faisant le reste. Une grosse déception à l'arrivée, et surtout, l'un des albums parmi les plus surestimés de toute l'histoire du metal, et celle-ci commence à être longue...