Eveillé par l’enthousiasme de son intime créativité l’artiste novice rêve de grandeur et d’œuvre où la contenance de ses idées nouvelles s’exprimerait magnifiquement. Dans l’ébauche de ces premiers essais, malheureusement, le résultat est souvent loin d’être à la hauteur de ses espérances. Refreiné par des poids aussi pesant que le manque de technique, le manque de moyen, le manque de matériel, ou le manque de talent aussi parfois, ces premiers travaux restent parfois attachant, mais surtout un témoignage imparable émouvant que sans travail rien n’est envisageable. Lequel d’entre eux n’a jamais songé, des années après, alourdis de tous les savoirs acquis par l’expérience du temps passé, de revenir sur ses œuvres de jeunesse ?
C’est cette irréductible idée qu’
Edguy va pousser à son paroxysme en ré-enregistrant, réorchestrant et réarrangeant l’un de ses travaux les moins emblématiques (et pourtant ô combien important) qu’est sa première démo
Savage Poetry Sobrement rebaptisé The
Savage Poetry, l’opus démarre sur les huit premières mesures jouées en sourdine (un peu à l’image des premières mesures du Why d’
Helloween sur l’album Masters of the Rings) d’un Hallowed, avant que ne déferle la puissance et la lourdeur du véritable son de ce morceau, donnant ainsi une force supplémentaire à l’entame de l’opus. Ce très bon titre développant une ambiance pesante sur ses couplets, et une vélocité plus allègre et plus envolé sur ses refrains, marque immédiatement les esprits d’une certaine excellence. Ce sentiment fort de tenir là, encore une fois, un album admirable d’un groupe ayant su reconsidéré et rendre une grandeur quelque peu essoufflé à un paysage Heavy / Power Metal allemand souvent enfermé dans un conservatisme sclérosant, est tenace. Les plus classiquement rapides, mais non moins captivant, Misguiding your Life et Sacred Hell, ou en génial compositeur de talent Tobias Sammet nous gratifie de ces capacités les plus délectables à nous proposer de la musique, et des refrains, très réussis, sont de véritables réussites. Il en va de même sur les savoureux mid-tempos tels qu’un admirable Key to My Fate, ou un intéressant Power and Majesty. La romance touchante d’une ballade telle que Sands of Time réussis ne démentira pas nos certitudes, et le plus progressif Eyes of the Tyrant enchainant subtilement ses diverses parties certainement pas non plus. Seules les mélodies trop évidentes d’un Roses to No One le pourraient.
Bien plus qu’en un hommage souvent appuyé à la musique traditionnel Heavy/Power (et notamment de son pays natal l’Allemagne avec
Helloween en tête) mais véritablement en un héritage,
Edguy aura su ajouter, encore une fois, un admirable chapitre à une œuvre personnelle exemplaire. Ne tombant jamais dans la parodie de ces ainés, Tobias Sammet et les siens continuent donc d’affirmer avec force le renouveau salutaire d’une scène teutonne bien souvent trop attentiste.