L’œuvre artistiquement exemplaire unanimement salué par un auditoire quelque peu confidentiel, microcosme essentiellement germanique, que constituait
Vain Glory Opera ne provoqua, en dehors de ce cercle restreint, dans un premier temps, que d’infimes soubresauts. Pourtant certains acteurs influents de l’entreprise commerciale artistique, conscient du potentiel énorme de ces allemands, attisa, à grand renfort médiatique, la convoitise d’un marché avide. Œuvrant pour offrir à
Edguy une consécration méritée, il mit en place une véritable stratégie réfléchie dont le seul but fut de créer un fort sentiment né de cette impatience, de cette curiosité et de cette envie. De telle sorte que lorsque ce
Theater Of Salvation vint au monde, il fut accueilli comme l’avènement promis d’un renouveau de la scène.
L’enjeu tétanisant et les périls menaçant auraient pu conduire un
Edguy, encore un peu immature, vers les abimes de la décadence et de l’oubli, pour peu que cette nouvelle œuvre ne tienne pas totalement toute les promesses entrevues dans un excellent
Vain Glory Opera. Cette crainte ne peut être pleinement fondée, connaissant les immenses qualités de ce groupe si talentueux.
Démenties dès les premières mesures d’un Babylon nerveux et rapides, les inquiétudes s’envolent. Le ressentis de l’auditeur s’ouvre alors à un plaisir infinis. Le titre développant une puissance et une grandiloquence superbe, offre, déjà, toute la virtuosité d’un
Edguy au sommet de son art. L’esprit qui hantait admirablement
Vain Glory Opera est bien présent, mais prends ici une dimension divine supplémentaire. Plus solennel, plus raffiné, il offre la richesse de ces constructions subtiles où Tobias Sammet confirme son immense talent de compositeur. Véritable signature, les refrains de ce titre sont remarquables. Poursuivant sur ce chemin d’une grandeur délicieuse, les allemands nous offre les ravissements de morceaux essentiellement prompts où l’énergie et l’emphase déclamatoire s’unissent dans un spectacle divin. Rarement l’adjectif « symphonique » aura pris aspect aussi juste et jouissif. Ainsi Wake Up the King ou encore Arrows Fly nous entraine, admirablement, vers des cimes sublimes. Pourtant si
Edguy resplendit dans l’exercice de la rapidité efficace, il sait, aussi, donner une réelle profondeur à son propos en y intégrant les nuances savoureuses d’éléments, de rythmes, d’idées fructueuses. Cet enrichissement serait impossible sans les immenses aptitudes et qualités de ces musiciens. Ainsi en écoutant, par exemple, l’excellent Holy Shadows on goute, avec bonheur, aux grandes capacités, d’un Félix Bohnke donnant tous le relief nécessaire à ces refrains à l’aide de sa partition de grosses caisses. Evoquons encore ces chorus redoutablement efficaces, et communiant, qui parsèment ce
Theater Of Salvation. Parlons de ces claviers et pianos qui illuminent incontestablement cet œuvre. Conversons sur ces guitares aux riffs et aux mélodies délectables. Devisons de ces chœurs amples, à la technique de superposition des voix particulières, qui donnent une saveur déclamatoire tout à fait unique à cet album. Et il y aurait encore tant à dire…
L’insolent talent de ces cinq artistes éclairent véritablement cet œuvre édifiante. Tant et si bien qu’il s’avère extraordinairement ardue de trouver quelconque défauts à ces titres, et, en considérant leurs exceptionnels qualités, et en dehors du fait qu’ils furent composés à un moment propice où les prémisses d’une attente du renouveau de ce genre de Metal se faisait sentir, il n’est pas étonnant qu’
Edguy devint l’artisan le plus actif, et le plus doué, du regain de créativité de la scène Power Metal.
Pourtant il nous faut, tout de même, souligner le fait que si dans l’ensemble, musicalement, le travail qui a été fait sur ce
Theater Of Salvation est nettement supérieur, et dans tous les domaines, à celui effectué sur son prédécesseur ; il lui manquera, tout de même, cette magie inhérente à la découverte. Si
Edguy excelle dans l’excellence exemplaire, désormais, c’est un fait su de tous ; et bien qu’il soit dans l’expression infaillible d’un art tout à fait exceptionnel, la surprise n’est plus réellement de rigueur. Mais peut-on sincèrement considérer ce fait comme un défaut ? Assurément, non.
Au final
Theater Of Salvation est simplement un album essentiel. Transcendant admirablement le Power Metal symphonico-mélodique,
Edguy rappelle, superbement, aux monde entier, que l’Allemagne fut, en quelque sorte, l’instigatrice de ce genre. Et si ce pays apparait, alors, comme incapable, emprisonné dans sa rigueur, de le révolutionné au point de donner naissance à un nouveau genre, certain de ces artistes, les plus virtuoses, sont toujours experts pour en redéfinir, sans bouleversements et dans les limites symptomatiques, les codes.
Edguy n’a pas du talent, il est le talent.