Aujourd’hui adulé, à tord ou à raison, comme l’un des virtuoses les plus emblématiques d’un style tout entier, d’une génération toute entière,
Edguy entama pourtant ce long chemin vers la reconnaissance par les sombres augures de premiers pas très hésitant. Titubant, vacillant, au bord du gouffre, rien ne laissait présager, au son de ce premier véritable album d’une faiblesse assez consternante, quel serait bientôt l’avenir glorieux de talentueux musiciens à la créativité incroyable. Difficile en effet de juger de capacités artistique aussi énorme au son de ce Kingdom.of Madness.
Ces quelques titres sont-ils réellement impuissant à nous émouvoir ?
Pas tout à fait.
Une des faiblesses les plus cruellement rédhibitoire de cette œuvre réside dans cette production sans relief, anéantissant toute forme de dynamisme, donnant à l’ensemble un son d’une détestable uniformité nous menant à une inéluctable lassitude. Faisant résonner la caisse claire et les cymbales de batterie de manière horriblement désagréable, ôtant aux guitares leur vigueur mordante, noyant les claviers (et donc les atmosphères) dans un environnement brouillon, dénaturant, quelque peu, une œuvre dont les qualités toutefois sont là. Sous-jacentes, potentiellement latentes, elles s’affirment pourtant avec des titres tels que Paradise, Wing of a Dream ou Heart of Twilight, qui en témoignent suffisamment pour qui saura faire l’effort. Ces morceaux dénotent déjà, de manière succincte, des fondements particuliers de ce que sera la musique du groupe. Dans une construction plutôt intéressante,
Edguy y développe quelques unes de ses caractéristiques futures en séparant, par exemple, très nettement les différentes articulations de ces chansons (Couplet, Pré-chorus, chorus) à l’aide, notamment, de changements de rythme, ou de l’utilisation de doubles croches sur la double grosse-caisse. Enrichi d’un refrain plutôt réussi, il parvient à donner à ces titres une force attachante sommaire. Deadmaker est aussi un des moments notables de ce disque. Composé, un peu, sur un schéma similaire, avec, tout de même un refrain très nettement moins réussis, il s’inscrit dans ces infimes contentements que peux nous procurer cette œuvre.
Ces quelques titres sont-ils réellement impuissant à nous émouvoir ?
Presque
Au-delà de ce mixage quasi néfaste, on ne peut taire les erreurs, certes inhérente à la jeunesse du groupe, mais dont le résultat, un album raté, est pratiquement incontestable. Notons d’abords ses chœurs exécrablement piteux et manquant singulièrement d’envergure. Notons ensuite les chants d’un Tobias qui peine dans l’interprétation de notes aigus, et dont chaque tentative, de cette voix encore immature, est juste accablante. Notons aussi une incapacité technique manifeste résultant de la relative jeunesse de ces musiciens. Et notons pour terminer que certains de ces morceaux sont sans grande inspiration parfois, et juste terriblement désespérant à d’autre. Les dix huit minutes et vingt trois secondes d’un The Kingdom décousus et épuisant, enchainant sans intérêt ses plans ennuyeux en sont la plus flagrante des démonstrations.
Un album qui, au final, aura donc une importance historique, dans le sens où il marque la genèse d’un groupe, mais qui n’en aura pas réellement d’un point de vue artistique