Tabula Rasa fut une œuvre résolument moderne dans laquelle on pouvait ressentir les influences plus contemporaines d'un Bloodbound jusqu'alors invariablement enfermé dans les affres d'un Heavy Metal inspiré par des atermoiements on ne peut plus britanniques (
Iron Maiden). Dans ce plaidoyer les suédois laissait transparaitre un talent certain pour l'exécution d'une musique plus actuelle hantée, dans une certaine mesure, par d'illustres créatifs tels que Symphorce,
Brainstorm, ou encore, par exemple,
Nevermore. Il aura fallu patienter deux années avant que les suédois ne nous reviennent avec leur nouvelle offrande intitulé Unholy Cross.
En premier lieu, il est à noter qu'une fois encore Urban Breed (Pyramaze) à déserté. La lourde tâche d'assurer les chants de cet album revient donc à Patrick "Pata" Johansson. Si ce nouveau venu nous offre un rendu appliqué auquel il nous serait difficile de reprocher quelques défauts coupables, force est de constater que, moins caractéristique que celles de son prédécesseur, sa voix ne lui permet pas de se distinguer de celle de tant d'autres. Ce regrettable défaut n'est, malheureusement, que le premier d'une longue liste.
Au chapitre de l'énumération de ces imperfection déplaisantes, il apparait comme impossible de passer sous silence celle lié à ce revirement musical fâcheux. Abandonnant la musique plus innovante qu'il défendit sur son précédent effort, Bloodbound se résout, en effet, à revenir, en quelques sortes, à la source de ses amours passés en nous proposant un Power Metal infiniment plus classique. La seule subtilité à laquelle consentent ces suédois, est de nous en proposer une vision moins immédiatement inspiré par le Heavy anglo-saxon mais nettement plus par le Power germano-nordique. Ainsi si la filiation inspiratrice de cette fibre propre au compatriotes de Steve Harris est désormais presque imperceptible, celle de cette parenté germanique et scandinave est prégnante. Tant et si bien que nombre des titres présents sur ce manifeste nous évoque inexorablement ces contrées dans lesquelles d'autres se sont égaré bien avant (
Hammerfall,
Edguy,
Helloween). Citons, par exemple, des titres tels que Moria, Drop The Bomb et dans une moindre mesure In the Dead of the Night, Unholy Cross dans lesquels le souffle caractéristiques des morceaux composé par un Tobias Sammet se ressentent fortement (notamment dans les refrains). Il règne donc en ce disque une atmosphère bien trop familière pour être totalement séduisante.
Malgré cela, on ne peut nier que les titres de ce Unholy Cross demeurent relativement attirant, que sans atteindre l'excellence de ceux proposés par un remarquable Tabula Rasa ils restent appréciables et qu'au fond s'ils ne font plus de Bloodbound le groupe d'exception consacré par son précédent effort ils suffisent amplement à faire de ces suédois un bon groupe à la personnalité, certes, insuffisamment propre mais attachante. Toutefois, fort de ces qualités plus conventionnelles, il n'est pas sûr que ces scandinaves parviendront à s'illustrer face à une concurrence toujours plus nombreuse. Nul doute pourtant que des titres tels que Reflections of Evil, In for the Kill, Message from Hell ou encore, par exemple, Unholy Cross pourraient séduire un public aguerris pour peu que ces morceaux ne lui parviennent. Ce qui ne constitue pas, selon votre humble serviteur, le moins infranchissable des obstacles tant les rivaux, dont certains nettement plus talentueux, sont farouches et multiples.
Il faut aussi dire que la déception né de l'écoute de cet album est sans aucun doute une conséquence directe de l'excellence d'un Tabula Rasa réussi. Si ce dernier avait été moins éblouissant nul doute que, par comparaison, l'éclat plus terne de ce Unholy Cross aurait été plus acceptable.
Moins innovant et inspiré que son prédécesseur, Bloodbound nous offre donc, avec ce Unholy Cross, un album qui pourtant demeure bon.. Délaissant sa musique d'influence moderne au profit d'un Power plus classique, il abandonne ainsi une grande part de son particularisme. Rejoignant pour la multitude de ces bons groupes anonymes, il n'est pas certain qu'il parviendra à s'en différencier. Ce qu'il avait donc fait avec Tabula Rasa, il le défait avec ce Unholy Cross. Dommage.