Thornography aurait pu sonner le glas pour
Cradle Of Filth. Différent de la ligne directrice du groupe depuis les débuts dans le domaine du black (pour rappel, le groupe évoluait dans un registre plus death aux origines), il se détachait complètement de l'univers gothique et romantique que la formation s'était créée pour évoluer dans un registre plus moderne, mais à mille lieux de ce que les fans et les moins fans attendaient. Aussi, ils se sont plaints, ces fans et le groupe a alors commis l'erreur de les écouter et a vite annoncé que ce Godspeed On The Devil's Thunder serait un retour aux sources. Et qu'il serait conceptuel.
Pour tenir une heure et des brouettes sur un seul et même sujet, il faut, dans le cadre de Cradle, tomber sur un sujet intéressant. On a eu ainsi la biographie fantasmée de la Comtesse Erszebet
Bathory, les tréfonds de Midian, la ville des Monstres, une variation sur le Paradis Perdu de Milton. A présent, nous côtoyons Gilles de Rais, que
Celtic Frost avait déjà mis à l'honneur bien des années plus tôt. L'homme qui aurait inspiré Barbe Bleue, celui-là même qui fût condamné au bûcher par l'Eglise pour hérésie, sorcellerie, hérésie et meurtre de trente petits enfants pour être précis (enfin presque, le nombre de victimes est sujet à discussion chez les historiens, au même titres que celui de
Bathory), un être ayant terminé sa vie dans la luxure et la débauche avant de la finir complètement pendu, puis brûlé. On ne faisait pas les choses à moitié à l'époque. Autant dire qu'une telle personnalité pouvait très bien coller à l'univers de
Cradle Of Filth, un groupe qui aime ce genre de comportement de la part de figures de l'histoire.
Si la musique revient dans des contrées plus black metal, on assiste encore une fois à un jeu de massacre au sein du line-up et on se retrouve avec un nouveau claviériste du nom de
Martin Skaroupka qui pose sa marque sur le style du groupe et là, ça pose un léger problème. Là ou
Damien ou
Lecter parvenaient à créer un univers allant jusqu'au fantasmagorique (souvenez-vous des ambiances grandioses et éthérées de Dusk... And Her Embrace), toujours profondément gothique dans la plus pure tradition cinématographique anglaise (cf les films de la Hammer) et distillant un romantisme vénéneux, teinté de noir, de rouge et ayant parfois l'odeur du caveau. Là, le clavier prend une autre forme, plus dans l'esprit des films de Tim Burton (mais les films à ambiance de Burton, hein...) qui ne colle pas franchement au groupe et qui n'apporte pas la touche supplémentaire, cette saveur particulière qu'apportait jadis cet instrument.
C'est comme si
Cradle Of Filth virait dans le visuel plutôt que de rester dans la suggestion
macabre. Et du coup, l'imagination de l'auditeur n'est plus mise à contribution, il devient difficile de se représenter les scènes décrites dans les bons textes de
Dani Filth, qui retrouve de sa gouaille d'antan, hargneux et vindicatif, comme à l'époque de Cruelty And The Beast. On subit l'album plus qu'on ne le vie. On entre très facilement dedans pour en ressortir presque aussi vite, une fois la lecture du CD terminée. Même si on se dit que ce n'est pas mauvais dans l'ensemble, ce n'est pas non plus la panacée. On aura connu le groupe plus inspiré, plus à l'aise dans son élément et surtout, plus à même de s'imposer avec classe.
On se retrouve face à un album que l'on attendait au moins comme Un Cruelty And The Beast part II, une biographie teintée d'un érotisme noir et du seau de la fatalité. Il n'en est pas vraiment de même ici, le tout manque cruellement de relief, de plongée dans l'abîme comme ce fut le cas avec la Comtesse
Bathory. On assiste au film d'une vie, sans que la terreur des évènements ne nous effleure un seul instant, sans que la poésie de la volupté hédoniste de la perversité ne vienne s'installer en nous. Pas déplaisant, mais trop calibré, pas envoutant, mais habilement joué...
Les fans peuvent être déçus par ce retour aux sources qui n'en est pas vraiment un. Ils peuvent se consoler avec la version digipack qui a une pochette moins affreuse que la version simple et un disque bonus avec des morceaux supplémentaires, du live et une reprise de la fameuse
Into The Crypt Of Rays de
Celtic Frost, très sympathique à écouter. Sinon, un disque banal. Que l'on pourrait descendre sur le coup de la déception, mais qui n'est pas si mauvais que ça dans l'ensemble. Juste d'une banalité effarante. Au moins, Thornography avait le mérite de faire parler de lui... Là...