Dirty Deeds sera le dernier album d'
AC/DC à connaître deux pressages différents, avec deux pochettes qui n'ont radicalement rien à voir. Si les Australiens ont droit au groupe croqué sous forme de caricatures, le reste du monde a droit à ça. Et bon, ça ne fait pas franchement envie. Un montage bancal et banal, aussi amusant qu'un épisode de Derrick. Evidemment (ce serait trop beau), les chansons entre les deux versions diffèrent également et il faut se procurer l'EP
'74 Jailbreak pour compléter un tant soit peu la composition de cet album. Une politique commerciale douteuse qui heureusement prendra vite fin.
Sur ce disque, guère de nouveautés à l'horizon. AC/DC évolue toujours dans son style particulier, un rock dur inspiré de
Chuck Berry et par d'autres grands noms du blues. Le son n'évolue pas beaucoup depuis
High Voltage (pour l'Europe) et on ne peut pas dire que l'on soit dépaysé en écoutant l'album. On retrouve avec plaisir les riffs acérés de
Malcolm Young, soutenus par une rythmique carrée, parfois un peu brouillonne. On attend toujours les passages remarqués de son frère Angus à la lead dont le jeu est fortement inspiré par les ténors du rock'n'roll et de la musique noire américaine. Puis il y a la voix unique, traînante, à la fois vicelarde et séductrice du regretté
Bon Scott, qui livre de très bonnes prestations.
Mais ce disque, c'est avant tout quelques hymnes. Déjà, le morceau-titre, énergique, avec son refrain irrésistible, nous en met plein la tronche d'entrée de jeu. Un petit classique au son rêche qui tient bien la route et qui fera le bonheur des fans en concert. Puis il y a également
Problem Child et
Squealer, deux autres compositions électriques qui nous en mettent plein la vue, que ce soit au niveau du solo que dans l'interprétation générale. Du rock, du vrai, qui sent les dessous de bras et la bière, avec un Angus qui en vrai diablotin, en fait des tonnes sans jamais devenir gavant. Et comment passer à côté de
Ride On, superbe blues, qui tranche admirablement avec le reste. Une chanson qui encore une fois a la sympathie des fans.
Le reste, sans être mauvais, n'arrive pas à un pareil niveau. Il y a des idées, on trouve le moyen de sourire face à un
Big Balls au refrain décapant, on reste scotché face au très rapide
Rocker, mais il manque la petite touche de génie que le groupe sait appliquer pour obtenir de réels classiques. Des compositions un peu en-deça mais pas nulles pour autant, la raison pour laquelle ce Dirty Deeds Done Dirt Cheap n'arrive pas à marquer son époque, même s'il permet à AC/DC de jouir d'une certaine réputation.
Parfois injustement mésestimé, ce disque est plutôt agréable. On retrouve avec bonheur la formule du High Voltage et on a quelques indices quant à une évolution possible du combo. Pas vraiment un disque de transition, pas franchement un indispensable du hard rock non plus. Juste un album fort honnête et sympathique.